Vendredi dernier, après 3 semaines d’attente impatiente, nous avons fini par visiter notre ami le père Koko. Il est curé de la paroisse du Bon Pasteur situé à 2h de Manokwari direction le fin fond de la jungle et habite avec son séminariste attitré : « Frater Bonie ».
Nous avions reporté cette visite pour différentes causes, notamment la pluie et les conseils (ordres ?) de nos amis prêtres d’ici, une otite, des textos qui n’arrivent pas etc.
« Hier » (selon l’expression locale) donc, notre courage à deux mains, n’attendant ni texto ni « attention il va pleuvoir ! » (ce qui, ici, interdit toute activité) nous sommes montés sur notre moto jaune et nous sommes enfuis de Manokwari.
Laissant derrière nous sa ville, ses « coucou Mister ! » et son armée de moto-taxis qui s’arrêtent sans prévenir, nous filons à bonne allure sur un asphalte digne de nos autoroutes (ne manquent que les panneaux d’indication, légèrement absents).
Cette fois-ci, pas de cortège funèbre à pied au milieu de la route ; nul n’aurait le droit de le dépasser et cela pourrait durer une bonne demi-heure, un embouteillage conséquent se formant alors (en plein soleil dans nos polaires…)
Après quelques kilomètres de plage, la route attaque la montagne, droit dans la pente…et dans la jungle si dense. De temps en temps nous traversons un kampung (=petit village) où de grands yeux s’ouvrent au passage de ces deux Blancs qui les saluent de
Sur le plateau, la jungle laisse place à d’immenses plantations « d’arbres à huile ». La route file tout droit, mais attention aux bedonnants camions plein des fruits rouges du palmier à huile et aux virages…à angle droit (voire aigu !)…finement saupoudrés de graviers.
« Attention Louis ! un cochon ! »
Une truie s’élance sur la route, devant les roues de la voiture de devant qui pile net et parvient à éviter l’animal. Mais ici, attention, un cochon peut en cacher un autre : nous manquons de peu les marcassins qui suivaient. Or, il faut savoir que celui qui tue un cochon doit le payer, très cher (plusieurs mois de salaires), lui et …tous les descendants potentiels de la malheureuse victime (nous n’avons pas encore eu besoin de faire le calcul…) Ce qui est assez stressant c’est que le cochon est bien plus bête que le chien (déjà plutôt benêt). Il vient de traverser ? Qui dit qu’il ne fera pas demi-tour tout à coup, PILE au moment où vous pensiez être tiré d’affaire ?
Après les plantations, les cochons, vient l’épreuve dite « du pont ». Imaginez trois cents mètres de poutrelles parallèles en travers de la route, surmontées de deux longues lignes de poutrelles vaguement alignées. Si vous êtes une voiture, il faut s’appliquer à garder les roues sur les susdites lignes. Si vous êtes un deux-roues il faut en choisir une…et s’y tenir ! Plusieurs dangers : glisser, coincer sa roue entre deux poutrelles mal ajustées, rouler sur un clou un peu trop saillant…le tout sous les regards de la file de véhicules qui attend, pour s’engager dans l’autre sens, que vous ayez passé l’épreuve.
Votre passager, confiant, pourra admirer en contrebas, le cours majestueux d’un fleuve encore sauvage qui serpente dans
Quelques kilomètres en trop plus tard (gages de quelques conversations ma foi fort sympathiques) le vaisseau jaune entre dans la cour du Bon Pasteur.
« Ah ! les voilà ! » ( ??! cette fois-ci nous n’avions justement prévenu personne de notre venue).
L’accueil, très chaleureux, nous réserve une petite balade jusqu’à la rivière, au bout du jardin, une dégustation de durian (comment ont-ils réussi à nous faire ingurgiter pour la deuxième fois un peu de cette matière indescriptible et dont l’odeur insupportable dégouterait n’importe qui ?) : une cuillère à café nous suffira. Le ventre bien calé par la portion de riz réglementaire, nous laissons la promenade digestive nous conduire au jardin d’enfants des Sœurs. En réalité, les enfants sont ici internes, et nous nous installons pour rigoler bruyamment, juste devant les dortoirs ouverts (une chambre plein de matelas sur lequel les pieds des uns jouxtent les frimousses des autres, lesquels se défendent de temps en temps d’un geste vague de la main)
Nous partons sur la promesse de revenir bientôt leur apprendre à cuisiner la pizza.
De retour au Bon Pasteur, pour nous reposer de cette journée somme toute assez fatigante ( !) nous nous installons à l’ombre du géant tutélaire dont le curé préfère le ramage à la tôle brûlante qui sert de plafond au presbytère (le toit étant lui aussi en tôle brûlante => pour faire un four on ne ferait pas autrement !)
Dix rivières, trois cochons et cinq plantations d’arbres à huile plus loin, nous revoilà à Saint Augustin, juste en retard pour la messe qui a commencé, une fois de plus, en avance…

Pfiouuu, quelle aventure ! Je suis fatiguée rien qu'en vous lisant ;)
RépondreSupprimerOn s'y croirait !
Est-ce que tu as essayé de conduire la moto, G. ?
Un exploit en soi cette virée dans la jungle !