vendredi 23 octobre 2009

Du jubilé du diocèse : si nous ne retenions...

  • qu’une image, il s’agirait d’un tableau du 17° s
  • qu’une musique, ce serait le pompeux « hymne des 50 ans »
  • qu’un animal, nous aurions un canard
  • qu’un monument ? la Tour Eiffel
  • qu’un mot ? « humility »
  • qu’un fou-rire, il aurait pour titre « à votre gauche, le stand des quatre blancs »
  • qu’un prénom, ce serait Bernadette
  • qu’un objet ?... des chaussettes de plage !



Le tableau du 17° s aurait pour titre « Voyage de Saint François-Xavier vers la Chine – escale à Saïgon »

Imaginez le port de Manokwari, avec, perdus dans la foule, 105 paroissiens surexcités en partance pour Sorong, le gigantesque bateau tant attendu entrant enfin dans votre champ de vision et sa sirène dans votre champ d’ouïe. Le trajet est apparemment hebdomadaire, mais nous n’avons jamais réussi à savoir quelle en était l’heure officielle…il semble que cette fois-ci il ait eu plus de 5 heures de retard. Et brutalement nous voilà aspirés dans l’ambiance du tableau : happés par la foule de ces gens chargés de paquet aussi gros qu’eux nous nous rapprochons peu à peu de ce bateau qui peut accueillir plus de 6000 personnes dans les vastes salles de ses 7 étages. Une grue hisse les containers en les passant au-dessus de la foule… Montés à bord, les passagers s’allongent en rangs d’oignon, comme dans un hôpital, les uns TRES près des autres, tous déballant leur matériel éclectique : sacs de pommes de terre, vêtements, casseroles, tissus, cuvettes en plastiques…Des vendeurs d’eau potable, de cacahuètes ou de bracelets profitent de l’escale pour monter à bord vendre leur camelote. Le bateau s’en va au bruit de sa puissance sirène, plus de deux heures après notre montée à bord, poussés par une mama qui, en plus de ses bagages et d’un gros sac en équilibre sur sa tête porte en bandoulière un minuscule enfant (qui dort !). C’est parti pour 12h de trajet…allongés sur des journaux, dans un des escaliers…car l’équipe pastorale, aussi bien organisée que d’habitude, a acheté les 105 billets la veille, alors qu’on parle de ce voyage depuis notre arrivée en Papouasie…L’ambiance est néanmoins très bonne, des joueurs de guitare s’essayant ici et là, les prêtres se lançant dans une partie de carte pendant que la petite sœur Albertina se concentre fort, fort pour ne pas succomber au mal causé par le tangage. Nous monterons plusieurs fois sur le pont, ce qui nous vaut la traversée de plusieurs étages encombrés de Papous qui n’en reviennent pas de voir deux Blancs dans la « même galère » qu’eux. Les paroissiens de Saint Augustin, eux, resteront dans leur escalier tout le temps du voyage…parce que, tous le savent, « ce serait dangereux de ne pas vivre en groupe ».

Inutile de décrire notre arrivée dans le port de Sorong, sous un soleil de plomb, alors que personne ne savait où aller et que nous nous sommes rendus compte que nul n’avait prévu le logement des deux jeunes Français lors de ce séjour d’une dizaine de jour (les billets de retour, évidemment, ne sont pas encore pris) … Mais la règle d’hospitalité n’est pas légendaire, et, fourbus et poussiéreux, nous toquons à la porte des petites sœurs Jésus-Marie-Joseph qui, en quelques minutes, nous offrent avec le sourire le gîte, le couvert…et une moto pour explorer les environs. Alléluia !


L’hymne des 50 ans

Après des heures de répétition dans leur paroisse respective, et ce depuis plusieurs semaines, les 16 chorales d’une quarantaine de paroissiens sont fin prêtes pour le concours de chant. L’hymne au rythme de fanfare tant de fois entendu à Manokwari restera sans doute longtemps gravé dans nos mémoires. Un premier concours avait été organisé dans chaque grande ville du diocèse pour déterminer laquelle des paroisses aurait la chance de se faire offrir le voyage vers Sorong. A Manokwari, la paroisse de l’Immanuel et son jeune chef de chœur avait remporté la palme haut la main, et c’est donc eux qui représentaient la ville de Manokwari. Ils sont finalement arrivés 3° au concours, et se sont vus remettre une coupe « en or », comme lors des nombreux concours organisés ici, notamment à l’occasion du jubilé. Ainsi avons- nous eu le plaisir d’assister à un concours de « lecture de 1° lecture », « questions-réponses sur la Bible » et « questions religieuses pour les primaires ». Autant de bonnes occasions pour se rencontrer entre paroisses !



Le canard

A gauche Romo Koko et Suster Agnes

A la suite d’une soirée festive à la cathédrale comme il y en avait chaque jour cette semaine-là, notre jeune ami le Père Koko nous a invités à dîner. C’est donc accompagnés de la jeune sœur Agnes, très rigolote elle aussi, que nous avons dégusté sur « le mur de Berlin », le long de la plage de Sorong, notre premier canard papou. Un dîner fort sympathique dans un des nombreux warung indonésien, sorte de minuscule restaurant sous tente, où la plupart du temps il n’y a pas de « carte » mais 1 ou 2 plats uniquement.


« Un papou dans la ville »

Les nombreux cinéphiles de notre entourage auraient sans doute pensé à la même chose en voyant ceci :

A l’aéroport, le jour de l’arrivée du nonce apostolique, Mgr Girelli



La Tour Eiffel

Nous avons eu l’honneur et la joie d’être invité à déguster notre riz accompagnés de morceaux

de porc (!!!) aux côtés de Mgr Girelli, qui nous fit discrètement signe de venir le rejoindre. Cet homme humble et intéressant se faisait malheureusement sans cesse interrompre par des mama, des adolescents, des prêtres et des religieuses voulant se prendre en photo avec lui, la plupart du temps grâce leur téléphone portable. Il finit par nous glisser dans un sourire : « je suis la Tour Eiffel indonésienne »…




« Humility »

Lundi matin messe au Petit Séminaire…en anglais. Mgr Girelli avant de prononcer une homélie dans un indonésien tout-à-fait compréhensible pour nous ;-) adresse à tous quelques mots en anglais, et nous donne un mot-clé pour vivre en temps que chrétien : humility. A méditer…


Un petit fou-rire : « à votre gauche, le stand des quatre blancs »

L’événement central de ces quelques jours de fête à Sorong fut la messe du dimanche matin, dans le jardin de la cathédrale. Après la messe, les (interminables) discours, le déjeuner et un spectacle sur le podium. Depuis le matin, et comme tous les jours ces derniers temps, Amélie, Aubin, Louis et moi nous étions fait prendre en photo une cinquantaine de fois : seuls, à 2, tous ensemble, avec un indonésien, avec un papou en tenue de gala, à l’ombre au soleil… Après la simplicité du nonce apostolique qui restait souriant malgré les « permisi Monsenior, boleh foto ? », comment continuer à fuir ces jeunes paparazzis si heureux ?

Le déjeuner pris à peu près tout seuls, nous revenons nous asseoir pour voir le spectacle, que le présentateur introduit en ces termes : « Et maintenant, cherrrrrrrrrrrrrs amis, de nombreuses activités sont prévues : danses, chants, musiques… » et Louis d’ajouter entre 2 flash « et surrrrtout un stand de 4 Blancs acceptant de se faire photographier ! »


Bernadette

« Parlez-moi un peu de votre expérience ! Que pensez-vous des Papous ? Et comment avez-vous eu l’idée de venir de France jusqu’ici ? » Notre surprise d’entendre cette question un matin, au petit déjeuner, fut telle que Louis s’embarqua d’abord dans une nèième explication de « Non nous ne sommes pas d’ « ici », nous venons de Manokwari pour le jubilé »… (pour rappel LA question principale et très intéressante ici est « dari mana ? » « d’où venez-vous ? » Souvent la réponse importe peu, et vous répondez au hasard « de France », « de Manokwari », « de l’Ouest » ou « de là-bas » en vous aidant d’un vague signe de la main)

Non, non, Bernadette insiste, c’est bien de nous qu’elle veut parler et des raisons qui nous ont poussées à venir de France (elle savait, Bernadette, que la France est un pays !!!). Bref, cette discussion avec la professeur de psychologie à l’université catholique de Jakarta nous a aidés à réaliser que nous n’avions jamais entendu cette question « quelles sont vos motivations ? »…depuis 6 mois…

Et pourtant, comme son nom le sous-entend, Bernadette est une femme. Une femme Indonésienne intelligente et reconnue ? « Courage, femmes de volontaires en Papouasie, ils finiront par voir que vous existez ! »



Des chaussettes de plage !


Vers la plage...


Nous avons eu la joie de faire plus ample connaissance avec Aubin et Amélie, en mission à Sorong pour un peu plus d’un an. Nuance importante : ils ne travaillent pas, puisque notre visa nous l’interdit, mais donnent quand même dans les 20 heures de cours chacun au petit séminaire près de Sorong.

Que de bons souvenirs : sympathiques dîners où nous avons bien pu « débriefer » sur nos expériences, difficultés et fou-rires quotidien, pauses-café interminables où ils nous ont généreusement partagé une de leur tablette Nestlé ! (un milliard de merci), et surtout une balade splendide - à en couper le souffle. Après une bonne heure et demie de moto à travers la jungle, la route s’arrête brutalement sur une plage entourée de forêt. Quelques images de ce temps inoubliables, où Amélie et moi nous somme baignées en « chaussettes de plage » (un vrai confort !) dans une eau tiède…mais moins transparente qu’à Manokwari, quand même (les chauvins restent des chauvins)

En images :




vendredi 16 octobre 2009

« Aaaaaaaaaah ! :-) du RIIIIIIIIIIIIIIIIIIZ ! »

Louis devant un rayon de colorants et autres ustensiles de cuisine chimique...pour riz?



Nous nous devions d’écrire quelques lignes sur cet élément de base de notre vie ici. Peut-être même est-ce un tort de ne pas vous en avoir parlé plus tôt.
Le riz.
Du riz blanc, non salé, inodore.
Quoi qu’il arrive et quel soit le jour, vous pouvez au moins être rassuré sur un point : il y aura du RIZ. A tous les repas (petit déjeuner compris).Vue la taille du sac entreposé dans la salle de repassage (??), ce n’est pas demain la veille du jour où l’on en manquera. Que personne ne panique, donc. Vous manquerez peut-être de viande, régulièrement de lumière, certainement d’eau chaude pour la douche, mais jamais vous ne manquerez de riz.

Avant d’arriver, vous croyiez que le riz pour eux était comme le pain pour un Français. Ce n’est pas tout à fait exact. D’abord parce qu’il n’existe qu’une sorte de riz -sauf quand on lui ajoute un colorant jaune (rarissime), ou qu’on est chez des riches qui sont aussi gourmands, et il y a alors du riz « rouge » (un grain sur dix environ est rouge, dans mon souvenir). Ensuite parce qu’aucun Français ne mangerait la quantité de « pain quotidien » qui correspondrait à la celle de riz avalée en une journée par un Indonésien (que l’on parle de poids, de volume, ou de valeur nutritionnelle). Enfin parce que…les Français connaissent le riz, EUX !

Ici tout ce qui n’est pas du riz, c’est « des légumes ». Vous pouvez donc vous retrouver avec une assiette de riz, à laquelle vous ajoutez des patates, ou des spaghettis. Ce n’est PAS un problème. Prière donc de ne pas montrer de signe d’étonnement.
Une barquette-pique-nique riz et légumes (en forme de spaghettis)...

Attention ! Pour manger du riz il faut d’abord être initié à un petit rituel (facile).
Que ce soit à une réception, à un dîner post-prière-de-quartier ou à un simple repas quotidien, juste après le bénédicité (si comme nous vous mangez « globalement uniquement » chez des catholiques), vous pourrez voir se former une petite file indienneonésienne, chacun portant son assiette, sa cuillère et sa fourchette. Où se dirige ce groupe sympathique et silencieux ? Vers la petite machine à riz.
Ahhhhhhhhhhh ! la petite machine à riz ! À elle aussi il faudrait un article entier. Chaque maison possède sa (ou ses) machine(s) à riz. Cet appareil indispensable ressemble à une friteuse en plastique, de couleur rose fade pour les plus courantes. Sur le dessus, vous trouverez facilement une espèce de louche plate (blanche ou rose, elle aussi). Pour ne pas risquer une confusion, rassurez-vous encore : cette « louche » est la même dans toutes les maisons. Il faut préciser que certaines maisons (plus riches ? plus organisées ?) laissent reposer cette « louche » sur un « porte-« louche » », en plastique lui aussi, et toujours du même rose pâle.

Prenez un maximum de riz si vous ne voulez pas que les autres convives zieutent votre assiette et se répandent en remarques sous-entendant que vous ne tarderez pas à subir une malaria sévère. Néanmoins, il est bien vu que les filles se servent un peu moins que les garçons. D’autre part, cette quantité est à ajuster avec les « légumes » que vous ajouterez plus loin. Si vous avez eu la chance de voir la tête des légumes, et que vous savez déjà que ce rouge-là est du piment ou que ces petits légumes qui ressemblent fort à des cornichons sont d’une amertume jusqu’alors inégalée, nous ne pouvons que vous conseiller de reprendre une « louche » de riz. Elle vous sera utile pour éteindre l’incendie, l’eau n’étant alors d’aucun secours.
Retournez ensuite à votre place, et servez-vous un peu comme vous voulez (les gens vous surveillent moins, c’est quand même bien moins important) de « légumes », essentiellement des feuilles bouillies. Ajoutez éventuellement une queue de poisson…ou une tête (dont les yeux, délicatement détachés, seront à déguster séparément pour en apprécier toute la saveur), un demi-pilon de poulet …ou un bout de carcasse.


Il se peut que votre repas soit essentiellement composé de riz, puisque ce soir vous aurez pour « légumes » des petites feuilles de bananier formant un emballage soigné. Ouvrez-les et vous croyez voir du riz. En réalité il s’agit de pâté (…de riz). A ceci ajoutez donc quelques krupuk (à base de riz). NDLR : Les fameux « beignets de crevettes de tous nos « chinois » sont un bon exemple de la classe « krupuk ».

Notre première déception concernant le riz, et le début du début d'un certain ras-le-bol-de-riz eut lieu lors de notre premier pique-nique. Comment peut-on pique-niquer sans saucisson, sans rillettes, sans chips, sas baguette, sans compote-à-boire ni tomate qui dégouline???? Ici pique-nique=...?
riz!
dommage...enfin on peut tout de même s'extasier de pouvoir manger chaud, du poisson, des légumes et tout comme d'habitude grâce à la petite pile de casseroles retenues en immeuble à étages grâce à un pti truc en ferraille.

Un autre petit conseil aux voyageurs qui s'aventureront jusqu'à un restaurant de Manokwari...et qui veulent manger des frites.
Il y a bien trois où quatre endroits (en comptant "LesPtisLoulous' Home Restaurant" :-) ) où vous pourrez trouver "french fries" sur la carte. Attention de bien préciser : frites SANS riz, ça vous évitera de vous retrouver la table chargée d'un steak, d'un poulet grillé, de deux portions de frites...et d'une énorme passoire de riz!

LesPtisLoulous' Home restaurant

Véridique : question à 8h du matin :
L’homme Indonésien (restons neutres) : «Bonjour ! déjà mangé ? »
L’homme Blanc (idem) : « oui, merci »
HI : « mangé quoi ? »
HB : « pain, chocolat, banane, beurre, confiture »
HI : « oh làlààààààà ! il est 8 heures et il n’a pas encore mangé ! »

Deuxième exemple :
Le Frater débarque « chez nous » à l’heure où nous concoctions un petit dîner, enfin en tête à tête ce que nous attendions depuis 2 semaines… Après avoir répondu à ses « quelques » questions, au sujet de chacun des objets et mouvements dans notre cuisine (c’est quoi-ça sert à quoi-pourquoi tu fais ça-tiens ça coûte combien-faut pas faire ça-et à tu fais quoi etc.), nous ajoutons une troisième assiette. Aujourd’hui : pizza ! Pas de riz au menu, c’est la fête !
On en donne au Frater. Il a trouvé ça bon (il en a repris) et puis il est rentré chez lui "pour manger". Vous faut-il une preuve montrant les méfaits de notre mauvaise façon de se nourrir ?
Le lendemain matin, à 5h30 nous étions FATIGUES!!! Conclusion du Frater : « mangez du riz »

:-)


Un merci tout spécial à nos 2 bienfaitrices qui nous gâtent et nous permettent de rompre la monotonie de notre existence rizesque via la poste indonésienne...qui marche très bien :-)

vendredi 9 octobre 2009

Une bibliothèque pour Villanova ?

Nous décidons de nous lancer sur une nouvelle piste et d’inciter nos étudiants à lire ! Malheureusement, la littérature est totalement absente des rayons de la librairie et de la bibliothèque de Manokwari.

Si par chance un roman, une BD, une bible, une grammaire, un dictionnaire (bien sûr tout en anglais) ou tout livre ou recueil de textes EN ANGLAIS traîne chez vous sans but et sans lecteur, nous serons heureux d’en faire profiter nos élèves. Plus le livre est fin, plus il est simple, mieux ce sera !

PS : ne vous censurez pas sur le niveau de langue (anglaise), les enfants du village seront eux aussi heureux de profiter de vos cahiers niveau primaire, de vos photos de cette Europe si exotique etc.

Toute idée sera bienvenue.

Deux solutions :

  • la poste (qui nous permettra de recevoir de vos nouvelles en une quinzaine de jours seulement)
    Louis et Golvine Petit
    Asrama Santo Vincensius
    Paroki Santo Agustinus
    Jalan Brawijaya N°40
    Manokwari 98311
    Papua Barat
    INDONESIA
  • la probable visite des parents de Louis début 2010
    Monsieur et Madame Petit
    4 rue Noire – 44000 Nantes

jeudi 8 octobre 2009

Voyage dans la jungle


Vendredi dernier, après 3 semaines d’attente impatiente, nous avons fini par visiter notre ami le père Koko. Il est curé de la paroisse du Bon Pasteur situé à 2h de Manokwari direction le fin fond de la jungle et habite avec son séminariste attitré : « Frater Bonie ».

Nous avions reporté cette visite pour différentes causes, notamment la pluie et les conseils (ordres ?) de nos amis prêtres d’ici, une otite, des textos qui n’arrivent pas etc.

« Hier » (selon l’expression locale) donc, notre courage à deux mains, n’attendant ni texto ni « attention il va pleuvoir ! » (ce qui, ici, interdit toute activité) nous sommes montés sur notre moto jaune et nous sommes enfuis de Manokwari.

Laissant derrière nous sa ville, ses « coucou Mister ! » et son armée de moto-taxis qui s’arrêtent sans prévenir, nous filons à bonne allure sur un asphalte digne de nos autoroutes (ne manquent que les panneaux d’indication, légèrement absents).

Cette fois-ci, pas de cortège funèbre à pied au milieu de la route ; nul n’aurait le droit de le dépasser et cela pourrait durer une bonne demi-heure, un embouteillage conséquent se formant alors (en plein soleil dans nos polaires…)

Après quelques kilomètres de plage, la route attaque la montagne, droit dans la pente…et dans la jungle si dense. De temps en temps nous traversons un kampung (=petit village) où de grands yeux s’ouvrent au passage de ces deux Blancs qui les saluent de la main. Les maisons sont toutes petites, en planches. La pauvreté n’est pas miséreuse mais elle nous touche.

Sur le plateau, la jungle laisse place à d’immenses plantations « d’arbres à huile ». La route file tout droit, mais attention aux bedonnants camions plein des fruits rouges du palmier à huile et aux virages…à angle droit (voire aigu !)…finement saupoudrés de graviers.

« Attention Louis ! un cochon ! »

Une truie s’élance sur la route, devant les roues de la voiture de devant qui pile net et parvient à éviter l’animal. Mais ici, attention, un cochon peut en cacher un autre : nous manquons de peu les marcassins qui suivaient. Or, il faut savoir que celui qui tue un cochon doit le payer, très cher (plusieurs mois de salaires), lui et …tous les descendants potentiels de la malheureuse victime (nous n’avons pas encore eu besoin de faire le calcul…) Ce qui est assez stressant c’est que le cochon est bien plus bête que le chien (déjà plutôt benêt). Il vient de traverser ? Qui dit qu’il ne fera pas demi-tour tout à coup, PILE au moment où vous pensiez être tiré d’affaire ?

Après les plantations, les cochons, vient l’épreuve dite « du pont ». Imaginez trois cents mètres de poutrelles parallèles en travers de la route, surmontées de deux longues lignes de poutrelles vaguement alignées. Si vous êtes une voiture, il faut s’appliquer à garder les roues sur les susdites lignes. Si vous êtes un deux-roues il faut en choisir une…et s’y tenir ! Plusieurs dangers : glisser, coincer sa roue entre deux poutrelles mal ajustées, rouler sur un clou un peu trop saillant…le tout sous les regards de la file de véhicules qui attend, pour s’engager dans l’autre sens, que vous ayez passé l’épreuve.

Votre passager, confiant, pourra admirer en contrebas, le cours majestueux d’un fleuve encore sauvage qui serpente dans la jungle. Cette salle de bain/lessive locale sert aussi de carrière à sable ou à cailloux.

Quelques kilomètres en trop plus tard (gages de quelques conversations ma foi fort sympathiques) le vaisseau jaune entre dans la cour du Bon Pasteur.

« Ah ! les voilà ! » ( ??! cette fois-ci nous n’avions justement prévenu personne de notre venue).

L’accueil, très chaleureux, nous réserve une petite balade jusqu’à la rivière, au bout du jardin, une dégustation de durian (comment ont-ils réussi à nous faire ingurgiter pour la deuxième fois un peu de cette matière indescriptible et dont l’odeur insupportable dégouterait n’importe qui ?) : une cuillère à café nous suffira. Le ventre bien calé par la portion de riz réglementaire, nous laissons la promenade digestive nous conduire au jardin d’enfants des Sœurs. En réalité, les enfants sont ici internes, et nous nous installons pour rigoler bruyamment, juste devant les dortoirs ouverts (une chambre plein de matelas sur lequel les pieds des uns jouxtent les frimousses des autres, lesquels se défendent de temps en temps d’un geste vague de la main)

Nous partons sur la promesse de revenir bientôt leur apprendre à cuisiner la pizza.

De retour au Bon Pasteur, pour nous reposer de cette journée somme toute assez fatigante ( !) nous nous installons à l’ombre du géant tutélaire dont le curé préfère le ramage à la tôle brûlante qui sert de plafond au presbytère (le toit étant lui aussi en tôle brûlante => pour faire un four on ne ferait pas autrement !)

Dix rivières, trois cochons et cinq plantations d’arbres à huile plus loin, nous revoilà à Saint Augustin, juste en retard pour la messe qui a commencé, une fois de plus, en avance…

Asrama Villanova – notre mission auprès des étudiants

Qui sait déjà pourquoi on nous a demandés de venir ici ?
Selon la lettre de mission qui nous a été remise par l’évêque après notre arrivée, il faut que nous nous occupions des étudiants de l’université d’état de Papouasie. Cette dernière ce situe à Amban, le village qui surplombe Manokwari au nord. Nous sommes en particulier chargés de prendre soin des deux « foyers » diocésains : « Saint Vincent » et « Villanova ».
Le premier, que nous habitons, fait partie du complexe paroissial de saint Augustin dans Manokwari. Il est pour l’instant vide… Sa grande salle sert de salle polyvalente pour les événements paroissiaux mais la dizaine de grandes chambres reste inutilisée et il est question d’ouvrir un foyer de lycéennes…projet assez flou dans lequel les gens se renvoient pour l’instant la balle à un rythme de valse lente. Nous reviendrons sur ce dernier plus tard, sachez juste que l’état quelque peu abandonné du début s’améliore à force de menus travaux.
Le deuxième, à proximité directe du campus, est habité par une petite trentaine d’étudiants. Ces jeunes hommes de 18 à 25 ans étudient l’anglais, les maths, les sciences, l’agriculture, la sylviculture ou l’élevage à un niveau ne dépassant pas la licence. Dans ce foyer, là aussi, tout ne va pas de soi. Après un mois d’attente car, bien que présents, les étudiants ne sont pas encore « rentrés » en cours, nous décidons d’organiser une réunion pour savoir ce qu’ils attendent de nous. Pas facile de faire remplir une fiche à ce petit groupe qui n’a pas l’air de bien comprendre où l’on veut en venir. Ils ont l’air motivé, en tous cas le disent-ils mais ne font rien savoir de leurs incompréhensions, par politesse. Nous récoltons tout de même des noms, des âges et des noms de facultés. Pour les emplois du temps – y-en-a-t-il à l’université ? – et leurs idées d’activités avec nous, c’est plus flou. Il s’avère que c’est surtout des cours de soutien (en anglais et en français (politesse ?) ) qui les intéressent et nous croyons bon, soutenu par notre curé, de les proposer plus largement à tous les étudiants qui voudront. Et là c’est le blocage. En plein bizutage, le « doyen du foyer» (un étudiant, sorte de délégué) ne veut pas que des externes entrent « chez lui » et nous « interdit » de commencer quoi que ce soit !!! Malheureusement, nous ne serons soutenus ni par notre Curé, ni par le doyen de la paroisse (oui, oui, tout est hiérarchisé) qui nous conseillent d’attendre et de profiter de la plage (!) pendant que eux iront démêler les choses. Nous attendrons plus d’un mois. :-/ Bref, lassés d’attendre et dynamisés par une discussion avec un missionnaire de longue date en Papouasie de passage à Manokwari, le bizutage étant terminé, nous avons donné lundi dernier notre premier cours de math !!! En réalité, tout le foyer se fait une obligation d’y assister (cloche à l’appui). Profitant de l’occasion pour remettre tout à plat, nous acceptons que pour l’instant, les activités soient exclusivement destinées au foyer (mais quelques « étrangers » se glisseront dans les rangs dès le 2° jour…). De plus, la messe du mercredi matin (6h30) est remise en route.
A l’heure où nous vous écrivons ces lignes, la sauce a l’air de prendre enfin.
A Dieu vat !