mercredi 3 mars 2010

Voyages, voyages ! – troisième épisode

Et l’aventure continue !!...sur l’île des Célèbes, cette fois-ci, où nos parents nous avaient organisé des vacances de rêve…

Première partie : le pays Toraja

Tout commence à Makassar où nous atterrissons au zénith. Le guide nous prend en charge et nous voilà partis pour 10 heures de transfert vers Toraja. La route commence plutôt mal avec des travaux toutes les minutes : on monte sur la nouvelle route = plaque de 50 cm de ciment, on fait 100 m et on redescend sur l’ancienne route en asphalte etc. Arrivés vers 16h à Pare-Pare, nous pouvons enfin nous sustenter, et reprendre quelques forces dont nous aurons besoin pour la suite du voyage et l’épreuve de la montagne : ceux qui connaissent les virages pour aller dans le Cantal n’ont pas vu le pire… C’est donc dans un état de léthargie avancée et avec une zone abdominale passablement chavirée que nous atteignons enfin notre hôtel, heureusement TRES agréable, à Rantepao.

Fringants et rassasiés par un petit déjeuner « continental » de rêve, nous attaquons notre visite du pays Toraja dans une charmante vallée pour y voir…des tombeaux ! C’est en fait essentiellement de mort qu’il s’agira pendant tout notre séjour, plongeant ainsi dans une ambiance inconnue, insolite et fascinante.

La culture Toraja, toute droite sortie de l’âge de fer à mon sens, est très tournée vers la mort et l’au-delà vers lequel il faut se rendre moyennant force cérémonies, sacrifices et respect des traditions mortuaires. Toute la vie semble tournée vers ce but : réunir suffisamment de buffles à sacrifier, préparer sa tombe, et s’occuper de tout cela pour toute sa famille.

La cérémonie mortuaire répond à un rite très précis qui dépend de la « caste » de l’individu à enterrer. Dans le cas de la noblesse, la fête à organiser est telle qu’il faut plusieurs années pour la préparer. Et pendant tout ce temps ??? Eh bien le mort, embaumé, reste en attente dans la maison.

Quant tout est prêt, on invite la famille, les amis etc. en nombre comparable à nos grandes cérémonies de mariage. Les cérémonies durent plusieurs jours dont l’un est consacré aux sacrifices des buffles réunis (il en faut une grosse vingtaine pour un noble avec des règles telles : l’un des buffles doit être noir tacheté de blanc au niveau des épaules…)

La découpe après le sacrifice auquel nous n’avons (malheureusement ?) pas assisté : en retard.

Ce qu’il reste des buffles est mis à sécher au soleil…

…avant d’être fièrement exposé au devant des maisons. (vous noterez au passage que la tradition des "photos-photos" avec les "boulè" nous suit jusqu'aux Célèbes)


Le dernier jour de cette longue cérémonie, après l’office religieux pour la majorité chrétienne souvent catholique, a lieu la « mise en terre ». (NDLR : on comprend que l’Islam ne fasse pas recette dans ce pays où l’élevage porcin est une nécessité coutumière, le cochon faisant partie des animaux à sacrifier en telle ou telle occasion). Le cercueil est d’abord positionné judicieusement de manière à pouvoir prendre des photos de groupe. « Les amis, les amis ! […] Les oncles et tantes ! […] Les grands-parents ! […] » etc. Ensuite on le place au milieu du « village » et on danse en cercle en chantant et scandant ce dont on se souvient de la vie du mort : des anecdotes étonnantes, des histoires drôles etc. Quand l’éloge funèbre est terminé, à un signal imperceptible, tout le monde se rue sur le cercueil et se bat pour pouvoir le porter.

La procession funéraire prend le chemin des tombeaux, pendant que les porteurs continuent de se gagner leurs places à coup de pied !

Le tombeau qui accueille le cercueil peut se présenter sous de multiples formes.

Il peut s’agir tout simplement d’un creux de falaise, de deux poutres – ou, plus élaboré, d’une maisonnette en bois - plantés dans la roche et qui supporteront le poids du cercueil aussi longtemps que possible.

Les ossements qui finissent par tomber sont respectueusement laissés contre la roche ou rangés là d’où l’on pense qu’ils viennent.

Il peut s’agir d’une grotte où l’on entrepose les cercueils en bois imputrescible.


Cette grotte a aussi servi de repaire aux Toraja notamment lors de l’invasion japonaise.


Oups, nous n’avions pas prévu de parapluie…pas de problème !


On trouve beaucoup de tombeaux creusés en hauteur dans les falaises qui sont alors ornées de « balcons » accueillant des figurines, portraits fidèles des anciens, veillant sur le monde des vivants. N’ont droit aux statuettes que les personnes de hautes castes.

Au pied de la falaise on peut voir comme une espèce de dépotoir…il s’agit en fait de tous les objets ayant appartenus au mort qu’il semble important de lui laisser pour sa vie dans l’au-delà. En bas à droite, on aperçoit aussi des maquettes de maisons qui ne sont autres que des corbillards.

Golvine ne trouve pas la statuette qui la représente, mais se rabat sur un joli plateau.

Le tombeau dans la falaise est encore une réalité…


…et on le creuse au marteau et aux burins.

Pour la route, un dernier exemple de sépulture : les enfants. La plupart sont enterrés, seule la descendance des « chefs religieux », ceux que l’on pourrait comparer aux druides ou aux sorciers, ont le droit à une sépulture dans un fromager. Cet arbre a la particularité de pouvoir refermer en grandissant les cavités que l’on creuse dans son tronc.

Un bel exemple d’arbre fromager servant de sépulture.

Les Toraja ne font tout de même pas que mourir, ils vivent un peu avant ! Ils sont installés dans un paysage très montagneux qu’ils ont modelé depuis des siècles.

Les rizières grimpent les pentes au milieu des rochers funéraires.


Autre vue du pays Toraja.


Toraja est parsemé de maisons ancestrales.

Ces maisons traditionnelles organisées en petit hameau un peu à la manière bretonne ou celtique font partie des 4 types de maisons des Toraja. La « maison ancestrale », lieu d’origine de la famille et donc lieu des cérémonies ; la « maison domestique », plus moderne, que la plupart des Toraja se construisent pour vivre à Toraja ou ailleurs ; la « maison religieuse » à savoir l’église, la mosquée etc. et enfin la « maison sans fumée » : lieu de villégiature de l’après-vie…

On a testé pour vous !

Le confort de la maison ancestrale est très relatif mais on arrive quand même à sourire au réveil !

L’espace entre la (ou les) maison(s) ancestrale(s) et les greniers construits sur le même modèle mais avec des pilotis glissant anti-souris est le lieu de vie de la famille. Ici on joue au « volley-pied » avec une balle de rotin.

Outre la mort, deux choses occupent l’esprit des Toraja : les buffles et le riz (en bons asiatiques qui se respectent).

Le Buffle

Le buffle, bien que d’aspect sauvage, est un animal plutôt pacifique qui aime patauger dans la boue ce qui en fait un excellent compagnon pour un pays de rizières.

Dans la culture Toraja, le buffle a une importance cruciale car son sacrifice va aider l’âme du mort à passer vers l’au-delà. On le bichonne donc comme il se doit.

Toilette plusieurs fois par jour.


Petit bungalow particulier un peu à l’écart de l’agitation.

Bien que foncièrement paisible, le buffle peut se révéler lunatique. Il faut faire très attention, surtout lors des traditionnels combats de buffle organisés au milieu d’une rizière. L’ambiance est alors à la kermesse et les propriétaires de buffles de combat engagent leurs bêtes non sans un enjeu pécuniaire dûment négocié. Les spectateurs aussi d’ailleurs ne manquent pas de parier entre eux à l’instar des combats de coqs qui ont aussi cours à Toraja.

Malheureusement pour nous les buffles furent particulièrement paresseux ce jour là et se contentèrent de se courir après suite à un affrontement furtif.

Le buffle est aussi bien sûr l’occasion de transaction à l’occasion du grand marché de Rantepao (et non pas Bilbao !)

Cherchez Charlie ! qui se promène très assuré entre les buffles…d’autres suivent derrière un peu moins tranquilles.

Le Riz

Comme toute culture asiatique, qui plus est rurale, celle des Toraja nous donne à comprendre la culture du riz…

Tout commence avec un sac de riz que l’on plonge 3 nuits dans l’eau avant de l’en sortir et de le laisser sur le bord du chemin.

Le lendemain, on ouvre et l’on voit si les grains ont germé. Si le paysan est satisfait, il sème alors dans une « pépinière » dûment remplie d’eau propre.

Quelques temps plus tard, les pousses de riz, d’un vert éclatant quasiment fluo sont prêtes à être repiquées. Les rizières, savamment nettoyées, retournées, etc. sont alors investies par la famille pour le repiquage avec ordre et méthode : 3 pousses par 3 pousses régulièrement espacées

Au bout de quelques mois selon les périodes et les lieux de culture, le riz commence à jaunir. Il est prêt pour la moisson. On moissonne par gerbe que l’on laisse sécher sur place.

Avant de pouvoir les battre. Selon les variétés de riz, on bat à la main sur place ou dans un mortier à la maison.

Enfin, le son est séparé du grain à l’aide du vent.

Je ne vous cache pas que ce petit exposé n’est qu’un bref résumé négligeant tous les problèmes d’eau etc. J’espère ne pas heurter l’esprit d’éventuels experts.


Enfin, voici l’aperçu que nous avons eu de ce pays envoûtant de montagnes et de vallées, de rizières et de buffles, nanti d’une multitude de maisons traditionnelles et de sépultures non moins typiques à travers nos longs voyages en minibus (climatisé !),

nos visites de sites, les explications de notre guide Herman qui s’est attaché à nous faire entrer autant que nous le pouvions dans sa culture, d’une nuit dans une maison ancestrale et d’une longue marche dans les rizières et leurs chemins plus ou moins praticables…

N’oublions l’aspect gastronomique du voyage qui a globalement plu…

…ou pas :-/


Avant de continuer vers Manado, ou plutôt sur notre chemin de retour vers Makassar nous avons pu :

-découvrir comment poussent les noix de cajou ou « noix singe » car le fruit ressemble à un singe faisant la sieste accroché par la queue.

-profiter de splendides paysages

-nous balader sur un immense lac au pied des montagnes que nous venions de quitter.

Balade en barque,

Collation dans une maison flottante de l’un des villages lacustre de pêcheurs qui peuplent le lac à la saison haute et se replient sur les bords à la saison sèche.

Et nombreux oiseaux : aigrette, marabout, etc.


-visiter un « Parc National », en l’occurrence une cascade

que nous avons pu admirer malgré la pluie.

En remontant le cours de l’eau on trouve une grotte avec deux belles salles.

Enfin à Makassar, nous attendons l’avion Merpati qui, conformément à sa réputation, se fait attendre…

l'occasion pour Papa&Maman de continuer la fameuse "quête aux souvenirs" :-)


Deuxième partie : M anado



… où nous attendent Etienne et Thérèse, des amis en mission Fidesco pour 2 ans. (cf l’adresse de leur blog ci-contre)


Vue de Manado



Etienne et Thérèse devant l’université Saint JB de La Salle où ils enseignent et aident à l’animation de la pastorale étudiante

Lors des deux premiers jours à Manado, les derniers avec nos parents, les expéditions continuent et s’enchaînent :

Balade au milieu des volcans



Excellent déjeuner au bord d’un lac très étendu (ancien cratère ?)


Balade et soirée autour d’un cratère au lac aux mille couleurs

…et puis, le snorkelling tant attendu… à une demi-heure de la ville en bateau…


une mer qui fait rêver, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur…

les poissons se révéleront magnifiques, très nombreux, variés, étincelant sur un fond marin de coraux… Nous avons vu Némo !!!! et toute sa famille, qui se cachaient dans une grande algue… Journée inoubliable !

Malheureusement, c’est LA que notre appareil photo (pourtant vendu comme immersible) nous a lâchés.


Noix de coco réconfortante au milieu d’une folle journée de shopping ;-) (il y a du beurre à Manado ! et des yaourts ! et des malls par dizaines !!)

Après les adieux avec les parents, il nous restait Etienne et Thérèse, leur joie, leur dynamisme, leurs longues conversations… qui ont su nous faire oublier la tristesse du départ, notamment grâce à un « acara » (= « événement ») sensationnel et hyper bien organisé avec leurs étudiants, devant lesquels nous avons été questionnés sur les « secrets de l’amour et de la vie »…

Encore un GRAND merci à nos parents, des aventuriers hors pair !!! Nous sommes rentrés à Manokwari gonflés à bloc pour la dernière ligne droite ! (nous rentrons en France en mai)

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