Nous n’avions encore rien vu.
…
Samedi midi, entre deux blagues, notre Curé nous propose de nous joindre à une expédition pastorale à destination de Senopi, à l’occasion de l’anniversaire de l’arrivée de l’évangile (61 ans cette année). Départ : lundi matin.
NDLR : Senopi est un charmant village composé d’une trentaine de maisons, la plupart du temps inhabitées, car leurs propriétaires filent dans la jungle profonde à la recherche de fruits, d’oiseaux, d’absence de règles, et puis sans doute également parce que leur cœur est là-bas.
Nous acceptons.
Pour l’atteindre : entre 6 et 8 heures de route à partir de Manokwari, en « voiture » (gros 4*4)
L’expédition : 4 voitures…
…Pleines de Sœurs, de Pères, de séminaristes…et nous !
Vous avez dit « route » ? Avez-vous pensé à décrire :
- la traversée de rivières, les énormes roues de la voiture complètement immergées, quand, sur le bord, des enfants se baignent tout nu et des femmes font leur lessive ou leur vaisselle ?
Scène de rivière
- la fameuse « montagne de sable », dont on nous parlait depuis des mois ?
- les trois heures de secousses avant-arrière, droite-gauche, haut-bas où les passagers tressaillent sur les cailloux, leur tête touchant régulièrement le plafond de manière fort brutale ?
Magnifique paysage, vraisemblablement photographié dans une secousse
- les démarrages en côte, vrombissant, lorsqu’en bas dans la rivière le conducteur vient de passer en « 4 roues motrices » ?
Maison dans la plaine
- l’absence de barrières sur les bas côtés, évidemment, permettant à notre regard de plonger tout en bas, tout en bas, vers la jungle ?
- les chants des oiseaux et les cris des insectes ?
OUF! La pause pique-nique
Il est ici intéressant de noter une des coiffures courantes en Papua
- la poussière, qui entraîne le port d’étranges cagoules pour les passagers à l’arrière de la voiture ?
La plaine, après la montagne
- la traversée des villages où de tout petits enfants écarquillent les yeux quand ils nous voient passer, où les hommes, arc et flèches au dos, partent à la chasse, nous faisant à notre tour écarquiller les yeux ?
Un village. Noter la position des maisons, sur une rangée, le long de la route
Des sourires magnifiques, quelques montées d’adrénaline, des paysages à couper le souffle…tels seront nos souvenirs de
A l’arrivée, quelle surprise, les maisons ne sont pas rangées en ligne le long de la route ou de la piste d’aviation : elles sont agréablement disposées, entre deux bras de la rivière, à quelques bons mètres les unes des autres, les vaches broutant au milieu, les cochons grognant, les chiens « galopant les poules ».
Cochon et poules dans la cours du presbytère
Ces jours-ci, et depuis quelques semaines nous explique notre ami Jörgen, le village grouille d’activités, le tout sur un « fond » musical (les chansons d’un téléphone portable sont transmises à toute force sur un micro qui permet à tout le monde de profiter du « bruit », à tout heure du jour…et de la nuit)
Jörgen nous fait visiter le village
Nous serons installés dans le presbytère, où, à la surprise de tous, je préfère partager un matelas avec mon mari plutôt qu’avec 2 autres femmes… ces Français sont si exotiques, n’est-ce pas ?
Jörgen, Hollandais habitant Senopi depuis 2 ans avec sa femme Ellis, nous montre un peu la mission et les activités qu’il tente de lancer. Dur dur, notamment parce que les Papous n’apparaissent que lorsqu’ils ont besoin d’argent, malgré les explications de notre ami : « si vous ne vous êtes pas occupé du maïs depuis plusieurs semaines, vous ne risquez pas de pouvoir récolter grand-chose »…mais les choses avancent, apparemment, puisqu’une dizaine de personnes semblent comprendre quelques notions d’ « agriculture » (comment planter, comment arroser ( !) …) et, de ce fait, sont un peu fidèles.
La piste d’aviation de Senopi
Après ce tour des lieux, vient l’heure du dîner, plusieurs fois interrompu par l’entrée intempestive des cochons dans la salle-à-manger ou par les chiens qui se servent, jusque dans nos assiettes (mangeant sans doute leurs compagnons d’infortune que nos amis à quatre pattes sont un des plats prisés en Papua…attention donc à ne pas trop s’y attacher, de façon sûre ils finiront dans votre assiette)
Notre évêque et ses admirateurs
Romo Eko à la guitare, en duo avec Suster Albertina…
Les cochons se glissant entre nos jambes…
Un moment très agréable que ce dîner, puisque, fuyant un peu l’évêque et sa cour, ainsi que les 11 ( !!!!!! du jamais vu) « boulè » (=hommes Blancs) actuellement présents à Senopi (essentiellement des Hollandais), nous nous installons dans le jardinet, où le Père Eko, nos amies les Susters, et un sympathique Père encore jamais rencontré, viennent nous rejoindre, jouer de la guitare, rire tous ensemble…et fêter l’anniversaire de Louis !
Joyeux anniversaire – Selamat Ulang tahun (la musique en indonésien est bien plus jolie)
Le fan club de Louis
Tout le monde finit par regagner son couchage…nous sommes quant à nous malheureusement installés dans le bureau, lieu de passage entre l’entrée (où l’évêque et 3 Pères joueront au cartes jusqu’à trois heures du matin, dans les cris et les rires) et les toilettes… A 5h30, la musique reprenant, installée chez nos voisins mais profitant à tout le village…
Je profite du lever un peu tôt à notre goût pour faire quelques photos - Noter les barrières…qui, en Papua, germent !!!
Un café et du pain ( !!) nous remettent d’aplomb et nous donnent quelques forces pour la journée festive qui suivra.
Visite du village…où nous retrouvons certains de nos voisins de Manokwari, qui, originaires de Senopi, sont venus pour la fête !
Ici la famille de Claudia (une de nos élèves d’anglais), Agung et Karol
Karol
Suzana et sa maman, les dents rouges
On note avec un peu d’inquiétude la préparation de notre repas de midi, goûtée par le chien
Technique du « bakar bambu » (le riz est cuit dans le bambou, ce qui lui donne une consistance collante et très compacte, et un petit goût sucré, le tout n’est pas désagréable…et change du riz (… ?)
Fier de son « burung Cendrawasih » (oiseau de paradis)
Danses et chants papous
Papou...
C’est l’hésitation…le spectacle, c’est les Papous, ou les Blancs ?
Où l’on retrouve Suster Hendrika, Romo Koko et Suster Barbara
Spectacle expliquant l’arrivée de l’évangile et son accueil, en 1949
La tribu papoue, qui a dansé quelques minutes avant, et qui nous a bien fait rire, avec son petit garçon qui suivait sérieusement le mouvement…
Jörgen joue le rôle du missionnaire catholique
Pas accueilli par tous, semble-t-il
Spectacle très suivi, même par les plus petits
Vers l’église, nous suivons le cortège musical : tambours et flûtes, les instruments traditionnels papous
Louis et Karol : qui est le plus fier ?
Grand-messe
L’évêque entouré de 7 de ses prêtres
Sortie de messe et serrement de pinces
Arrivée de 3 autres « boulè », encore des Hollandais : un événement qui met le village en émois.
Un événement dans l’événement : l’atterrissage de l’avion
Reprise de la fête : les sambutans (NDLR : on appelle « sambutans » les discours sans fin indubitablement débités lors de chaque acara indonésien. On entend par « acara » tout événement un peu grandiose organisé par exemple lors d’un anniversaire, de la bénédiction de la maison ou de la voiture, pour Noël ou pour la fin du ramadan. Un « acara » catholique est inévitablement composé de
La messe (ou une prière qui y ressemble trait pour trait, mais sans la consécration)
Les sambutans (nous y reviendrons)
Le bénédicité, souvent très long
Le buffet (on y accède à la queue-leu-leu, nous servant, toujours dans le même ordre de riz-viande-viande-légume-poisson-légumes-beignets de crevette-éventuellement mini-banane et petit verre d’eau en plastique)
Déjeuner, chacun sur ses genoux, et tous assis sur des chaises en plastique disposée comme pour un spectacle
En Indonésie, lorsqu’on est invité quelque part, c’est assurément pour un acara, les petits diners, les cafés ou les réunions de famille à la française…n’existent pas (par défiinition)
Pour les sambutans, donc, l’ordre est là encore très précis, puisqu’ils sont prononcés par les personnes importantes du moment, les plus importants arrivant en dernier, et chacun devant faire plus long que le précédent. On en a généralement pour une bonne heure. L’ordre peut donner par exemple : le Curé qui accueille l’événement, l’évêque (qui a pourtant « eu droit » à son temps de parole lors du sermon), le maire, le délégué régional, voire (si on a de la chance) le gubernur (dirigeant de
Vous pourrez vous forger tout seul un avis quant à cette coutume, et conclure par vous-même ce qu’il en est de nos sentiments lors de cette partie de l’acara.
Revenons à Senopi. L’acara à peine terminé, la plupart des Pères de Manokwari ont immédiatement pris la route du retour. Nous avons quant à nous eu la joie, la chance et la surprise d’être invités par l’évêque à rester 24h, et à l’accompagner dans sa visite d’une village de jungle.
Ah ????!!!
Parce que vous croyiez qu’on était au bout du monde ?
Couleur de terre intrigante (violet, en réalité)
C’est pourtant reparti pour une bonne heure de voiture. Un villageois profitant du voyage s’étant accroché sur le toit, le conducteur s’appliquera (quand même) à conduire pas trop vite, et à éviter les bosses qui peuvent l’être.
Autre obstacle courant : l’excavateur ou la pelleteuse (plutôt gros modèle, m’assure Louis)
Un devant, un derrière : mais non on n’a pas peur
Tout à coup, on s’arrête, et on descend tous (car dans les 2 voitures ont réussi à se caser une bonne vingtaine de personnes) en procession vers la rivière.
Vers la rivière
Un observateur exercé aura remarqué sans peine la fine pirogue en bois noir qui…nous attendait !
La traversée
Une traversée de rivière, quelques frissons d’émotion et un bon fou-rire (stressé ?) plus tard, nous étions débarqués deux par deux de l’autre côté, où une courte marche dans les montagnes nous amena à un village. Et là, subitement, nous étions « bien ». Le village ? 7 maisons. Ses habitants…7 hommes, 7 femmes…et des nuées d’enfants qui, pour une fois, ne semblent pas avoir trop peur de nous et nous adressent des sourires grandioses. On nous offre des fruits (langsat) On demande de l’argent à l’évêque pour la construction de la chapelle. (le Père Léo, de Senopi, vient dire régulièrement la messe ici. Cet homme courageux et sympathique, qui vient de temps en temps se reposer à Manokwari et est donc devenu un ami, possède ainsi plusieurs « stasi » dans la jungle…et celle-ci est a moins perdue de toutes…)
Et on repart. Chemin en sens inverse. J’avoue que mon cœur s’est un peu serré en voyant rapetisser et disparaître les villageois, qui nous avaient raccompagnés à la rivière.
Fleur qui sut toucher le cœur de Louis
Le soir à Senopi, la fête reprend de plus belle, avec les danses papoues. Comme pour un mariage en France, tout le monde se retrouve et danse joyeusement. Ici, néanmoins, pas besoin de CD, puisque ceux qui dansent chantent également, sur ce rythme lancinant régulièrement relancé par un des hommes. On fait une grande farandole, en se tenant par les épaules, et les pieds scandent
Une deuxième nuit à Senopi, sur notre matelas, dans le passage.
Un deuxième petit dej.
Une nouvelle attente.
Départ de l’avion (plein à craquer : des boulè et l’évêque)
Attente. Bis.
Le départ.
Les 7 heures de piste.
Dernier coup d’œil
Mercredi soir, nous étions à nouveau « chez nous », et nous ne vous avouerons pas l’heure de notre coucher. Il semble que nous étions fourbus.
PS : pour votre culture, Manokwari est situé à l'arrière de "la tête de l'oiseau" tandis que Senopi se trouve au beau milieu.
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