Vendredi matin, on apprend coup sur coup, et comme par hasard…que l’aumônier était envoyé par notre Curé dans la jungle pour la semaine pascale et qu’il partait le matin-même de la retraite…que le Frater était envoyé dans une « autre » jungle…qu’un des deux curés ne viendrait pas, il est occupé...que la réception d’un mariage était prévue dans notre foyer le samedi en question (id… « demain ! »)…
[NDLR : Mais quand nous aideront-ils ??]
(…)
Nous avons donc décalé la date de la retraite et changé les intervenants.
Nous étions re-prêts.
OUF !
(loi n°1 : ne jamais être trop prêt, en Indonésie)
A la fête du dimanche des Rameaux est donc venue s’ajouter celle d’une récollection pour les étudiants. Ou d’une petite « ret-ret », comme ils disent ici.
En fait tout a commencé samedi, lors d’une après-midi sur la plage, entre garçons. Plutôt sympa la ret-ret !
Pendant ce temps, « Madame », comme ils l’appellent, préparait le dîner du lendemain, sur le kampor à pétrole et dans la machine à riz (utilisable dans plusieurs autres recettes bien françaises…)
Les choses sérieuses ont démarré dimanche matin…à l’aube car le challenge était le suivant : aller chercher les étudiants chez eux, les ramener chez nous, leur offrir le petit déjeuner…
Petit déjeuner des retardataires, arrivés en moto.
…tout cela avant la messe de 8h.
Pari tenu, puisque si la messe n’avait pas commencé une fois de plus en avance (vous en parlerez à Louis à son retour), nous aurions été à l’heure. En fait, nous étions à l’heure. Enfin, bref.
Nous avons été très touchés par la célébration des Rameaux, qui démarre par une longue procession avec de vrais rameaux cueillis sur les bords du chemin et qui se poursuit dans une église parée de rouge pleine à craquer (mais des tentes sont prévues sur les côtés).
Procession des Rameaux
La traditionnelle bénédiction des enfants après
La lecture chantée de l’évangile, digne des dominicains du 222, nous a tout particulièrement plu (faut-il avouer que le rythme nous laissait bien le temps de nous en imprégner, ce qui n’est pas toujours le cas avec les lectures lues ici très rapidement. Etonnant d’ailleurs, car de façon générale, lorsqu’on chante, c’est HY-PER lent, mais lorsqu’on parle, c’est dur de suivre)
Bref, une belle messe !
Longue, semble-t-il.
Les étudiants ont ensuite eu besoin d’un peu de temps avant d’être capables de se rasseoir…
…et d’écouter la première conférence du jour « BELAJAR ». Le mot, qui signifie plus ou moins « apprendre » (ou « étudier », ou « l’étude », enfin tous les verbes et noms communs français explicitant cette notion), est à prendre dans son sens large. Nous avons insisté sur le fait que, si la période étudiante est certes propice à…l’étude, il s’agit néanmoins de s’ouvrir à la découverte à tout moment, et en tout lieu. Nous avons ici cité notre grand-père Rabany, qui, s’étant mis à l’ordinateur bien après son passage à l’université, nous envoie régulièrement des nouvelles par internet. Être ouvert, rester humble, être curieux et dynamique voilà certaines des qualités importantes pour être en état d’ « apprendre ».
Nous avons ensuite demandé aux étudiants de réfléchir seuls et en silence. Pas facile. Le silence, ça va, mais ils ne voyaient pas bien ce que nous entendions par « réfléchir seuls», nous ont-ils avoué le soir. Et puis un quart d’heure de partage.
Donatus réfléchit
Alex réfléchit
Après une petite collation, le Père leur a donné la deuxième conférence : « la DISCIPLINE ». Super bien, et très adapté. Ici les étudiants ne sont pas encore capables de se fixer une discipline de vie (se lever le matin, aller en cours, se préparer à manger, réviser ses cours etc). « Comme tous les étudiants du monde, répliqueront nos parents.
- .mmmmm…ouuuuuuuuuui »
Bref, vraiment bien.
Romo Harsono donne les exemples des résolutions à prendre de façon personnelle.
Puis vint le déjeuner, délicieusement préparé par les Sœurs, gentiment outrées jadis quand elles avaient lu sur notre proposition que nous avions prévu de faire cuisiner les étudiants. « A une rekoleksi, on doit rester en position de recevoir »
Suster Vitalia et Mama dans leur cuisine
Riz. Fleurs de papaye. Poisson au curry et piments. Poulet au piment et curry. Papaye (Le saviez-vous ? on mange TOUT dans un papayer)
Là il faut vous décrire notre étonnement. Pourtant nous sommes ici depuis quelques mois. Mais il faut croire que nous ne sommes pas encore habitués à leur façon de prendre un repas, ou alors encore trop plein de nos cérémonial et règles de vie français ? C’était bizarre, de les voir sortir cracher toutes les 5 minutes. De les voir se jeter sur la nourriture sans regarder combien d’amis attendaient encore. De se retrouver seule à table avec le Père à la fin du repas. De transpirer à grosses gouttes, l’estomac bien activé par toutes ces épices.
Mais en fait, c’était aussi très amusant, de réaliser une fois de plus combien nos coutumes sont différentes, alors que le fond reste le même : se nourrir, apprécier le contenu de l’assiette, et être ensemble.
La vaisselle : Daniel, Basileus et Wilhem
Le rangement des restes du mariage d’hier : Rudi et Donatus
Après le déjeuner et la vaisselle : « madame n’aide pas, il y a bien assez de garçons ici » (wahouhou !!!!), courte sieste bien appréciable. Cours de chants, où nous leur apprenons quelques nouveaux refrains de l’Emmanuel, grâce aux livrets indonésiens récupérés chez les Coursimault.
Et Sœur Barbara arrive, pour la troisième et dernière conférence sur « la PRIERE ». « Prier ce n’est pas une obligation, ce n’est pas une habitude. Il faut que ça devienne un besoin ». Et la Sœur, en partant du Signe de Croix, en passant par les attitudes qui aident à prier, en terminant par une série de questions concrètes - qu’elle dicta !- fait passer ses conseils de (grand)-mère de façon délicate et profonde.
Suster Barbara
Un temps de silence (dur dur…et impossible de ne pas avoir de portables !) et un partage en petits groupes.
Puis, hop ! hop !, Suster les envoie tous se confesser !
Le temps de feed-back a été un beau moment. Des questions variées, avec notamment, un « Madame, quelle est la différence entre les sciences et les connaissances ? » - nous étions pantois, des témoignages un peu émus « c’était la 2° fois de ma vie que j’allais me confesser », des remerciements touchants « ça y est, on a des pistes pour prier ».
Nous finissons cette journée par une prière de louange et par un dîner français.
Enfin, à l’origine, on s’était dit « français ». En fait, le plus dur c’est de leur expliquer les habitudes françaises.
Un dîner français (noter les positions assises ( !!!) des convives)
Un Français reste assis. Un Français a devant lui une assiette, une fourchette et un couteau. Un Français doit goûter de tout, mais ne pas trop en prendre, de toute façon, pour les gourmands, il y a un deuxième tour. Mais attention à ne pas trop se servir ! Il y a « la suite ».
« ? »
Deux plats ?
Plus du pain, quand on veut ?? (Ils adorent le pain français)
TROIS plats ??????? (il y avait des légumes avec l’omelette)
QUATRE plats ?!!! (nous avions fait le grand jeu en servant du fromage)
Inutile de vous décrire leurs yeux exorbités en voyant arriver les crêpes et la crème au chocolat.
« Madame, je peux sortir de table ? »
« Monsieur, mon portable sonne ? »
Impossible aussi, de leur faire comprendre que même s’ils ne se servaient pas, il fallait prendre le plat et le faire passer au voisin. La situation ô combien énervante du plat bloqué par un ami n’a cessé de se répéter pendant tout le dîner.
Donatus s’est resservi trois ou quatre fois de chaque plat « Bon pour partir en France » a décrété Pius
Daniel mangeant du pain
Enfin, on a tous bien rigolé (elles sont quand même bizarres, nos coutumes). Sauf Arnold, le chef, qui n’aimait pas les tomates. « Finalement, moi pas vouloir aller vers France » (il nous dit depuis le début de l’année qu’il viendrait squatter chez nous quelques mois…on finissait par en avoir un peu peur…)
« ah ? »
« homme français manger seulement tomate-tomate! » (la salade contenait notamment quelques tomates)
« mais noooooooooooon [NDLR : pour insister, on tient la syllabe], il n’y a pas que tomates-tomaaaaaates, et si saison froide temps trop froid, il y a beaucoooooooooooooooooooup légume-légume différent »
« mais moi pas aller vers France. Moi pas aimer tomate »
Arnold, schtroumf grognon ? :-)
Il est huit heures. Mais il fait nuit depuis plus d’une heure, et déjà les yeux se ferment. On remet ses chaussures et on remmène tout le monde au foyer.