mercredi 31 mars 2010

REKOLEKSI

Voilà plusieurs semaines que nous en parlions. Peu à peu au fait des coutumes indonésiennes, nous avions même remis aux étudiants des invitations (nous n’avions pas pu nous empêcher d’ajouter un coupon-réponse… :-/…) et soumis aux différents Pères et Sœurs un programme écrit et détaillé leur faisant notre proposition : une retraite d’une journée, le samedi avant les Rameaux, pour les étudiants. Toutes les autorisations étaient obtenues, et ce par ordre hiérarchique ! Le thème était repris d’une conférence qui avait bien plu : « étude, discipline, prière » qui était devenu un peu la devise du foyer. Le séminariste Marcel devait les détendre par des petits jeux comme il sait les organiser. Le nouvel aumônier des étudiants devait leur parler de la discipline puis leur proposer des confessions. Les deux Curés, malheureusement encore en froid, étaient cordialement invités.

Vendredi matin, on apprend coup sur coup, et comme par hasard…que l’aumônier était envoyé par notre Curé dans la jungle pour la semaine pascale et qu’il partait le matin-même de la retraite…que le Frater était envoyé dans une « autre » jungle…qu’un des deux curés ne viendrait pas, il est occupé...que la réception d’un mariage était prévue dans notre foyer le samedi en question (id… « demain ! »)…

[NDLR : Mais quand nous aideront-ils ??]

(…)

Nous avons donc décalé la date de la retraite et changé les intervenants.

Nous étions re-prêts.

OUF !

(loi n°1 : ne jamais être trop prêt, en Indonésie)

A la fête du dimanche des Rameaux est donc venue s’ajouter celle d’une récollection pour les étudiants. Ou d’une petite « ret-ret », comme ils disent ici.

En fait tout a commencé samedi, lors d’une après-midi sur la plage, entre garçons. Plutôt sympa la ret-ret !

Pendant ce temps, « Madame », comme ils l’appellent, préparait le dîner du lendemain, sur le kampor à pétrole et dans la machine à riz (utilisable dans plusieurs autres recettes bien françaises…)

Les choses sérieuses ont démarré dimanche matin…à l’aube car le challenge était le suivant : aller chercher les étudiants chez eux, les ramener chez nous, leur offrir le petit déjeuner…

Petit déjeuner des retardataires, arrivés en moto.

…tout cela avant la messe de 8h.

Pari tenu, puisque si la messe n’avait pas commencé une fois de plus en avance (vous en parlerez à Louis à son retour), nous aurions été à l’heure. En fait, nous étions à l’heure. Enfin, bref.

Nous avons été très touchés par la célébration des Rameaux, qui démarre par une longue procession avec de vrais rameaux cueillis sur les bords du chemin et qui se poursuit dans une église parée de rouge pleine à craquer (mais des tentes sont prévues sur les côtés).

Procession des Rameaux

La traditionnelle bénédiction des enfants après la communion. Des enfants accourent vers le prêtre, de partout dans l’église, derrière viennent les mamans et leur bébé.

La lecture chantée de l’évangile, digne des dominicains du 222, nous a tout particulièrement plu (faut-il avouer que le rythme nous laissait bien le temps de nous en imprégner, ce qui n’est pas toujours le cas avec les lectures lues ici très rapidement. Etonnant d’ailleurs, car de façon générale, lorsqu’on chante, c’est HY-PER lent, mais lorsqu’on parle, c’est dur de suivre)

Bref, une belle messe !

Longue, semble-t-il.

Les étudiants ont ensuite eu besoin d’un peu de temps avant d’être capables de se rasseoir…

…et d’écouter la première conférence du jour « BELAJAR ». Le mot, qui signifie plus ou moins « apprendre » (ou « étudier », ou « l’étude », enfin tous les verbes et noms communs français explicitant cette notion), est à prendre dans son sens large. Nous avons insisté sur le fait que, si la période étudiante est certes propice à…l’étude, il s’agit néanmoins de s’ouvrir à la découverte à tout moment, et en tout lieu. Nous avons ici cité notre grand-père Rabany, qui, s’étant mis à l’ordinateur bien après son passage à l’université, nous envoie régulièrement des nouvelles par internet. Être ouvert, rester humble, être curieux et dynamique voilà certaines des qualités importantes pour être en état d’ « apprendre ».

Nous avons ensuite demandé aux étudiants de réfléchir seuls et en silence. Pas facile. Le silence, ça va, mais ils ne voyaient pas bien ce que nous entendions par « réfléchir seuls», nous ont-ils avoué le soir. Et puis un quart d’heure de partage.

Donatus réfléchit

Alex réfléchit

Après une petite collation, le Père leur a donné la deuxième conférence : « la DISCIPLINE ». Super bien, et très adapté. Ici les étudiants ne sont pas encore capables de se fixer une discipline de vie (se lever le matin, aller en cours, se préparer à manger, réviser ses cours etc). « Comme tous les étudiants du monde, répliqueront nos parents.

- .mmmmm…ouuuuuuuuuui »

Bref, vraiment bien.

Romo Harsono donne les exemples des résolutions à prendre de façon personnelle.

Puis vint le déjeuner, délicieusement préparé par les Sœurs, gentiment outrées jadis quand elles avaient lu sur notre proposition que nous avions prévu de faire cuisiner les étudiants. « A une rekoleksi, on doit rester en position de recevoir »

Suster Vitalia et Mama dans leur cuisine

Riz. Fleurs de papaye. Poisson au curry et piments. Poulet au piment et curry. Papaye (Le saviez-vous ? on mange TOUT dans un papayer)

Là il faut vous décrire notre étonnement. Pourtant nous sommes ici depuis quelques mois. Mais il faut croire que nous ne sommes pas encore habitués à leur façon de prendre un repas, ou alors encore trop plein de nos cérémonial et règles de vie français ? C’était bizarre, de les voir sortir cracher toutes les 5 minutes. De les voir se jeter sur la nourriture sans regarder combien d’amis attendaient encore. De se retrouver seule à table avec le Père à la fin du repas. De transpirer à grosses gouttes, l’estomac bien activé par toutes ces épices.

Mais en fait, c’était aussi très amusant, de réaliser une fois de plus combien nos coutumes sont différentes, alors que le fond reste le même : se nourrir, apprécier le contenu de l’assiette, et être ensemble.

La vaisselle : Daniel, Basileus et Wilhem

Le rangement des restes du mariage d’hier : Rudi et Donatus

Après le déjeuner et la vaisselle : « madame n’aide pas, il y a bien assez de garçons ici » (wahouhou !!!!), courte sieste bien appréciable. Cours de chants, où nous leur apprenons quelques nouveaux refrains de l’Emmanuel, grâce aux livrets indonésiens récupérés chez les Coursimault.

Et Sœur Barbara arrive, pour la troisième et dernière conférence sur « la PRIERE ». « Prier ce n’est pas une obligation, ce n’est pas une habitude. Il faut que ça devienne un besoin ». Et la Sœur, en partant du Signe de Croix, en passant par les attitudes qui aident à prier, en terminant par une série de questions concrètes - qu’elle dicta !- fait passer ses conseils de (grand)-mère de façon délicate et profonde.

Suster Barbara

Un temps de silence (dur dur…et impossible de ne pas avoir de portables !) et un partage en petits groupes.

Puis, hop ! hop !, Suster les envoie tous se confesser !

Le temps de feed-back a été un beau moment. Des questions variées, avec notamment, un « Madame, quelle est la différence entre les sciences et les connaissances ? » - nous étions pantois, des témoignages un peu émus « c’était la 2° fois de ma vie que j’allais me confesser », des remerciements touchants « ça y est, on a des pistes pour prier ».

Nous finissons cette journée par une prière de louange et par un dîner français.

Enfin, à l’origine, on s’était dit « français ». En fait, le plus dur c’est de leur expliquer les habitudes françaises.

Un dîner français (noter les positions assises ( !!!) des convives)

Un Français reste assis. Un Français a devant lui une assiette, une fourchette et un couteau. Un Français doit goûter de tout, mais ne pas trop en prendre, de toute façon, pour les gourmands, il y a un deuxième tour. Mais attention à ne pas trop se servir ! Il y a « la suite ».

« ? »

Deux plats ?

Plus du pain, quand on veut ?? (Ils adorent le pain français)

TROIS plats ??????? (il y avait des légumes avec l’omelette)

QUATRE plats ?!!! (nous avions fait le grand jeu en servant du fromage)

Inutile de vous décrire leurs yeux exorbités en voyant arriver les crêpes et la crème au chocolat.

« Madame, je peux sortir de table ? »

« Monsieur, mon portable sonne ? »

Impossible aussi, de leur faire comprendre que même s’ils ne se servaient pas, il fallait prendre le plat et le faire passer au voisin. La situation ô combien énervante du plat bloqué par un ami n’a cessé de se répéter pendant tout le dîner.

Donatus s’est resservi trois ou quatre fois de chaque plat « Bon pour partir en France » a décrété Pius



Daniel mangeant du pain

Enfin, on a tous bien rigolé (elles sont quand même bizarres, nos coutumes). Sauf Arnold, le chef, qui n’aimait pas les tomates. « Finalement, moi pas vouloir aller vers France » (il nous dit depuis le début de l’année qu’il viendrait squatter chez nous quelques mois…on finissait par en avoir un peu peur…)

« ah ? »

« homme français manger seulement tomate-tomate! » (la salade contenait notamment quelques tomates)

« mais noooooooooooon [NDLR : pour insister, on tient la syllabe], il n’y a pas que tomates-tomaaaaaates, et si saison froide temps trop froid, il y a beaucoooooooooooooooooooup légume-légume différent »

« mais moi pas aller vers France. Moi pas aimer tomate »

Arnold, schtroumf grognon ? :-)

Il est huit heures. Mais il fait nuit depuis plus d’une heure, et déjà les yeux se ferment. On remet ses chaussures et on remmène tout le monde au foyer.

vendredi 19 mars 2010

du crâne de piaf à la cervelle de moineau : un voyage INOUBLIABLE!!!

Vous pensiez que l’Indonésie, c’était déjà l’éloignement ? Que, partis en Papua, nous connaissions le dépaysement ? Que notre adresse à Manokwari -pourtant une capitale !- sentait l’exotisme et l’inconnu ? Que nous avions déjà eu notre compte d’aventures ?...

Nous n’avions encore rien vu.

Samedi midi, entre deux blagues, notre Curé nous propose de nous joindre à une expédition pastorale à destination de Senopi, à l’occasion de l’anniversaire de l’arrivée de l’évangile (61 ans cette année). Départ : lundi matin.

NDLR : Senopi est un charmant village composé d’une trentaine de maisons, la plupart du temps inhabitées, car leurs propriétaires filent dans la jungle profonde à la recherche de fruits, d’oiseaux, d’absence de règles, et puis sans doute également parce que leur cœur est là-bas.

Nous acceptons.

Pour l’atteindre : entre 6 et 8 heures de route à partir de Manokwari, en « voiture » (gros 4*4)


L’expédition : 4 voitures…


…Pleines de Sœurs, de Pères, de séminaristes…et nous !


Vous avez dit « route » ? Avez-vous pensé à décrire :

- la traversée de rivières, les énormes roues de la voiture complètement immergées, quand, sur le bord, des enfants se baignent tout nu et des femmes font leur lessive ou leur vaisselle ?

Scène de rivière

- la fameuse « montagne de sable », dont on nous parlait depuis des mois ?

- les trois heures de secousses avant-arrière, droite-gauche, haut-bas où les passagers tressaillent sur les cailloux, leur tête touchant régulièrement le plafond de manière fort brutale ?

Magnifique paysage, vraisemblablement photographié dans une secousse

- les démarrages en côte, vrombissant, lorsqu’en bas dans la rivière le conducteur vient de passer en « 4 roues motrices » ?

Maison dans la plaine

- l’absence de barrières sur les bas côtés, évidemment, permettant à notre regard de plonger tout en bas, tout en bas, vers la jungle ?

- les chants des oiseaux et les cris des insectes ?

OUF! La pause pique-nique


Il est ici intéressant de noter une des coiffures courantes en Papua

- la poussière, qui entraîne le port d’étranges cagoules pour les passagers à l’arrière de la voiture ?

La plaine, après la montagne

- la traversée des villages où de tout petits enfants écarquillent les yeux quand ils nous voient passer, où les hommes, arc et flèches au dos, partent à la chasse, nous faisant à notre tour écarquiller les yeux ?

Un village. Noter la position des maisons, sur une rangée, le long de la route

Des sourires magnifiques, quelques montées d’adrénaline, des paysages à couper le souffle…tels seront nos souvenirs de la route Manokwari-Senopi.

A l’arrivée, quelle surprise, les maisons ne sont pas rangées en ligne le long de la route ou de la piste d’aviation : elles sont agréablement disposées, entre deux bras de la rivière, à quelques bons mètres les unes des autres, les vaches broutant au milieu, les cochons grognant, les chiens « galopant les poules ».

Cochon et poules dans la cours du presbytère

Ces jours-ci, et depuis quelques semaines nous explique notre ami Jörgen, le village grouille d’activités, le tout sur un « fond » musical (les chansons d’un téléphone portable sont transmises à toute force sur un micro qui permet à tout le monde de profiter du « bruit », à tout heure du jour…et de la nuit)

Jörgen nous fait visiter le village

Nous serons installés dans le presbytère, où, à la surprise de tous, je préfère partager un matelas avec mon mari plutôt qu’avec 2 autres femmes… ces Français sont si exotiques, n’est-ce pas ?

Jörgen, Hollandais habitant Senopi depuis 2 ans avec sa femme Ellis, nous montre un peu la mission et les activités qu’il tente de lancer. Dur dur, notamment parce que les Papous n’apparaissent que lorsqu’ils ont besoin d’argent, malgré les explications de notre ami : « si vous ne vous êtes pas occupé du maïs depuis plusieurs semaines, vous ne risquez pas de pouvoir récolter grand-chose »…mais les choses avancent, apparemment, puisqu’une dizaine de personnes semblent comprendre quelques notions d’ « agriculture » (comment planter, comment arroser ( !) …) et, de ce fait, sont un peu fidèles.

La piste d’aviation de Senopi

Après ce tour des lieux, vient l’heure du dîner, plusieurs fois interrompu par l’entrée intempestive des cochons dans la salle-à-manger ou par les chiens qui se servent, jusque dans nos assiettes (mangeant sans doute leurs compagnons d’infortune que nos amis à quatre pattes sont un des plats prisés en Papua…attention donc à ne pas trop s’y attacher, de façon sûre ils finiront dans votre assiette)

Notre évêque et ses admirateurs

Romo Eko à la guitare, en duo avec Suster Albertina…

Les cochons se glissant entre nos jambes…

Un moment très agréable que ce dîner, puisque, fuyant un peu l’évêque et sa cour, ainsi que les 11 ( !!!!!! du jamais vu) « boulè » (=hommes Blancs) actuellement présents à Senopi (essentiellement des Hollandais), nous nous installons dans le jardinet, où le Père Eko, nos amies les Susters, et un sympathique Père encore jamais rencontré, viennent nous rejoindre, jouer de la guitare, rire tous ensemble…et fêter l’anniversaire de Louis !

Joyeux anniversaire – Selamat Ulang tahun (la musique en indonésien est bien plus jolie)

Le fan club de Louis

Tout le monde finit par regagner son couchage…nous sommes quant à nous malheureusement installés dans le bureau, lieu de passage entre l’entrée (où l’évêque et 3 Pères joueront au cartes jusqu’à trois heures du matin, dans les cris et les rires) et les toilettes… A 5h30, la musique reprenant, installée chez nos voisins mais profitant à tout le village…

Je profite du lever un peu tôt à notre goût pour faire quelques photos - Noter les barrières…qui, en Papua, germent !!!

Un café et du pain ( !!) nous remettent d’aplomb et nous donnent quelques forces pour la journée festive qui suivra.

Visite du village…où nous retrouvons certains de nos voisins de Manokwari, qui, originaires de Senopi, sont venus pour la fête !

Ici la famille de Claudia (une de nos élèves d’anglais), Agung et Karol

Karol

Suzana et sa maman, les dents rouges

On note avec un peu d’inquiétude la préparation de notre repas de midi, goûtée par le chien

Technique du « bakar bambu » (le riz est cuit dans le bambou, ce qui lui donne une consistance collante et très compacte, et un petit goût sucré, le tout n’est pas désagréable…et change du riz (… ?)

Fier de son « burung Cendrawasih » (oiseau de paradis)

Danses et chants papous

Papou...

C’est l’hésitation…le spectacle, c’est les Papous, ou les Blancs ?

Où l’on retrouve Suster Hendrika, Romo Koko et Suster Barbara

Spectacle expliquant l’arrivée de l’évangile et son accueil, en 1949

La tribu papoue, qui a dansé quelques minutes avant, et qui nous a bien fait rire, avec son petit garçon qui suivait sérieusement le mouvement…

Jörgen joue le rôle du missionnaire catholique

Pas accueilli par tous, semble-t-il

Spectacle très suivi, même par les plus petits

Vers l’église, nous suivons le cortège musical : tambours et flûtes, les instruments traditionnels papous

Louis et Karol : qui est le plus fier ?

Grand-messe

L’évêque entouré de 7 de ses prêtres

Sortie de messe et serrement de pinces

Arrivée de 3 autres « boulè », encore des Hollandais : un événement qui met le village en émois.

Un événement dans l’événement : l’atterrissage de l’avion

Reprise de la fête : les sambutans (NDLR : on appelle « sambutans » les discours sans fin indubitablement débités lors de chaque acara indonésien. On entend par « acara » tout événement un peu grandiose organisé par exemple lors d’un anniversaire, de la bénédiction de la maison ou de la voiture, pour Noël ou pour la fin du ramadan. Un « acara » catholique est inévitablement composé de

La messe (ou une prière qui y ressemble trait pour trait, mais sans la consécration)

Les sambutans (nous y reviendrons)

Le bénédicité, souvent très long

Le buffet (on y accède à la queue-leu-leu, nous servant, toujours dans le même ordre de riz-viande-viande-légume-poisson-légumes-beignets de crevette-éventuellement mini-banane et petit verre d’eau en plastique)

Déjeuner, chacun sur ses genoux, et tous assis sur des chaises en plastique disposée comme pour un spectacle

En Indonésie, lorsqu’on est invité quelque part, c’est assurément pour un acara, les petits diners, les cafés ou les réunions de famille à la française…n’existent pas (par défiinition)

Pour les sambutans, donc, l’ordre est là encore très précis, puisqu’ils sont prononcés par les personnes importantes du moment, les plus importants arrivant en dernier, et chacun devant faire plus long que le précédent. On en a généralement pour une bonne heure. L’ordre peut donner par exemple : le Curé qui accueille l’événement, l’évêque (qui a pourtant « eu droit » à son temps de parole lors du sermon), le maire, le délégué régional, voire (si on a de la chance) le gubernur (dirigeant de la Papua Barat)

Vous pourrez vous forger tout seul un avis quant à cette coutume, et conclure par vous-même ce qu’il en est de nos sentiments lors de cette partie de l’acara.

Revenons à Senopi. L’acara à peine terminé, la plupart des Pères de Manokwari ont immédiatement pris la route du retour. Nous avons quant à nous eu la joie, la chance et la surprise d’être invités par l’évêque à rester 24h, et à l’accompagner dans sa visite d’une village de jungle.

Ah ????!!!

Parce que vous croyiez qu’on était au bout du monde ?

Couleur de terre intrigante (violet, en réalité)

C’est pourtant reparti pour une bonne heure de voiture. Un villageois profitant du voyage s’étant accroché sur le toit, le conducteur s’appliquera (quand même) à conduire pas trop vite, et à éviter les bosses qui peuvent l’être.

Autre obstacle courant : l’excavateur ou la pelleteuse (plutôt gros modèle, m’assure Louis)

Un devant, un derrière : mais non on n’a pas peur

Tout à coup, on s’arrête, et on descend tous (car dans les 2 voitures ont réussi à se caser une bonne vingtaine de personnes) en procession vers la rivière.

Vers la rivière

Un observateur exercé aura remarqué sans peine la fine pirogue en bois noir qui…nous attendait !

La traversée

Une traversée de rivière, quelques frissons d’émotion et un bon fou-rire (stressé ?) plus tard, nous étions débarqués deux par deux de l’autre côté, où une courte marche dans les montagnes nous amena à un village. Et là, subitement, nous étions « bien ». Le village ? 7 maisons. Ses habitants…7 hommes, 7 femmes…et des nuées d’enfants qui, pour une fois, ne semblent pas avoir trop peur de nous et nous adressent des sourires grandioses. On nous offre des fruits (langsat) On demande de l’argent à l’évêque pour la construction de la chapelle. (le Père Léo, de Senopi, vient dire régulièrement la messe ici. Cet homme courageux et sympathique, qui vient de temps en temps se reposer à Manokwari et est donc devenu un ami, possède ainsi plusieurs « stasi » dans la jungle…et celle-ci est a moins perdue de toutes…)

Et on repart. Chemin en sens inverse. J’avoue que mon cœur s’est un peu serré en voyant rapetisser et disparaître les villageois, qui nous avaient raccompagnés à la rivière.

Fleur qui sut toucher le cœur de Louis

Le soir à Senopi, la fête reprend de plus belle, avec les danses papoues. Comme pour un mariage en France, tout le monde se retrouve et danse joyeusement. Ici, néanmoins, pas besoin de CD, puisque ceux qui dansent chantent également, sur ce rythme lancinant régulièrement relancé par un des hommes. On fait une grande farandole, en se tenant par les épaules, et les pieds scandent la musique. Ce rythme envoûtant, les tenues fascinantes, les mouvements hyponitisants, la chaleur, l’obscurité, la fatigue…tout cela nous emmène loin, loin, loin… « à mille miles de toute terre habitée. »

Une deuxième nuit à Senopi, sur notre matelas, dans le passage.

Un deuxième petit dej.

Une nouvelle attente.

Départ de l’avion (plein à craquer : des boulè et l’évêque)

Attente. Bis.

Le départ.

Les 7 heures de piste.

Dernier coup d’œil

Mercredi soir, nous étions à nouveau « chez nous », et nous ne vous avouerons pas l’heure de notre coucher. Il semble que nous étions fourbus.


PS : pour votre culture, Manokwari est situé à l'arrière de "la tête de l'oiseau" tandis que Senopi se trouve au beau milieu.