Louis attend les (éventuels) enfants
Elvi (15 ans ?) m’attend en silence, assise par terre, toute seule. Depuis 3 jours, les enfants nous demandent quel jour (« jeudi ! ») et à quelle heure (« 16h ! ») aurait lieu le cours d’anglais (désormais bi-hebdomadaire) « ok ok Missiz, à jeudi, alors ! ».
On est jeudi.
Il est 16h.
Elvi attend.
Toute seule.
Après deux minutes de réflexion, nous décidons qu’elle « a le temps » ( !) de proposer à des amies de venir. Il faut la rassurer : « oui, oui, Elvi, je t’attends pour commencer » (et en moi-même : « comment pourrais-je ne pas attendre ma seule élève ????!!! »)
Après 10 minutes, Elvi revient, toute seule « Claudia et Monika ne sont pas encore réveillées, mais on peut commencer, elles arrivent ».
Ne sachant pas bien combien de temps prend un réveil papou, nous commençons.
Au programme aujourd’hui : le verbe TO HAVE, et une petite révision de TO BE, étudié lors des 2 derniers cours. Eéééééventuellement (soyons prudents), nous finirons par 2/3 mots de vocabulaire, à l’aide des affichettes coloriées par les enfants du jardin d’enfants « sun », « shoes », « banana »…
The « cake » (nous reparlerons de son étrange couleur)
Beau programme, oui !, mais voilà…
…quelques unes des difficultés rencontrées lors de cette heure de cours, un peu étonnante et bien drôle, a posteriori :
- les Indonésiens n’ont pas de verbe « être ». Parfois (parfois !) ils utilisent le mot « ada », qui correspond à notre « il y a », ce qui peut donner par exemple :
« Romo il y a où ? »
- Romo il y a dans chambre »
Ou encore, plus simplement
« comment fleur-fleur ?
Fleur-fleur magnifique, bleu et jaune »
- ici les pronoms personnels ne sont pas les mêmes qu’en Europe. Par exemple, il existe 2 mots pour dire « nous », selon que le locuteur englobe ou non son interlocuteur dans ce « nous ».
De plus, ces pronoms sont peu utilisés ou de façon différente et plutôt floue. Quatre exemples pour illustrer (Missiz devient professeur ?) ?
Quand on s'adresse à Louis ET moi on nous dit « tu » …ou « ils »
Nous nous sommes aperçus un peu stupéfaits qu’une de nos élèves, au lieu de dire "je" utilisait "nous" et que personne ne l'avait (apparemment) jamais corrigée ; « nous nous concentrons », répète-t-elle quand on lui pose une question (car ici, poser une question à UNE élève, ça la stresse énormément)
Quand on s'adresse à quelqu’un de respecté (à tout le monde, en fait) on ne lui dit ni « tu » ni « vous » (alors que le VOUS du vouvoiement existe!) on utilise son prénom (ou son titre)
"il" ou "ils" ne peuvent être utilisés que pour des personnes : pour les choses, on répète la chose (15 fois s'il le faut)
- il n’y a pas d’article en indonésien
« enfant-enfant dans jardin »
- une phrase sur trois ne contient pas de verbe
Petite conversation du quotidien :
« Quelles nouvelles ?
- bien bien seulement
- vers où ?
- marcher-marcher seulement ! » (les mots « marcher » et « route » sont les mêmes…)
- Vous remarquez deux difficultés fondamentales dans cette dernière phrase : en indonésien, on ne conjugue pas le verbe et certains verbes et noms sont les mêmes. Cela pose plusieurs problèmes. D’une part (mais nos élèves n’en sont pas encore là !) pour leur expliquer la construction des temps, d’autre part pour les aider à comprendre ce que c’est, un verbe…
Comment leur faire comprendre ces « subtilités » ? (« leur » car nous avons finalement 5 ados…et Louis a récupéré une quinzaine de petits ; je les entends chanter en cœur èii, bii, cii, dii… J )
Après leur avoir fait traduire plusieurs phrases (I am in the garden, You are a girl, She is a doctor…) voilà qu’ils butent sur le problème suivant : « par quoi peut-on remplacer « flowers », si on veut éviter la répétition ? »
Et là, c’est l’ultime drame.
La phrase à transformer :
« Flowers are under the tree »
Le mot tant attendu (« they »), était déjà écrit trois fois au tableau.
Je récolte plusieurs propositions (et mon sentiment d’inquiétude, d’angoisse puis de panique augmente de minute en minute) :
- “Have” are under the tree
- « pohon » (= « arbre », en indonésien) are under the tree
- “is” are under the tree
- “He” (à cette réponse, j’avoue m’être exclamée « presque ! ») are under the tree
Deux questions donc, pour finir mon article :
« qu’y a-t-il dans leur tête, de si différent ????? Comment les rejoindre ? »
L’alphabet : cherchez le plus perplexe !
PS : vous avez peut-être remarqué que je n’étais sortie de la maison qu’à 16h09. Je ne crois pas avoir été « en retard ». Ici, 16h, c’est entre 15h et 17h.
PPS : j’ai ici parlé abondamment et très savamment de la « langue indonésienne »…j’avoue que je n’en sais rien. Peut-être ici parlons-nous seulement l’indonésien papou…voire l’indonésien papou de Manokwari. Je demande donc bien pardon aux linguistes.