dimanche 27 septembre 2009

Cours d'anglais - le 24 septembre 2009

Un vrai cours, au jardin d’enfants des Sœurs. Une consigne importante (que nous refusons d’appliquer lors de nos leçons « persos ») : il faut que les enfants crient la réponse, et qu’ils le fassent tous ensemble







Louis attend les (éventuels) enfants
Il est 16h09, et je sors de la salle de lessive.
Elvi (15 ans ?) m’attend en silence, assise par terre, toute seule. Depuis 3 jours, les enfants nous demandent quel jour (« jeudi ! ») et à quelle heure (« 16h ! ») aurait lieu le cours d’anglais (désormais bi-hebdomadaire) « ok ok Missiz, à jeudi, alors ! ».
On est jeudi.
Il est 16h.
Elvi attend.
Toute seule.

Après deux minutes de réflexion, nous décidons qu’elle « a le temps » ( !) de proposer à des amies de venir. Il faut la rassurer : « oui, oui, Elvi, je t’attends pour commencer » (et en moi-même : « comment pourrais-je ne pas attendre ma seule élève ????!!! »)
Après 10 minutes, Elvi revient, toute seule « Claudia et Monika ne sont pas encore réveillées, mais on peut commencer, elles arrivent ».
Ne sachant pas bien combien de temps prend un réveil papou, nous commençons.
Au programme aujourd’hui : le verbe TO HAVE, et une petite révision de TO BE, étudié lors des 2 derniers cours. Eéééééventuellement (soyons prudents), nous finirons par 2/3 mots de vocabulaire, à l’aide des affichettes coloriées par les enfants du jardin d’enfants « sun », « shoes », « banana »…


The « cake » (nous reparlerons de son étrange couleur)


Beau programme, oui !, mais voilà…
…quelques unes des difficultés rencontrées lors de cette heure de cours, un peu étonnante et bien drôle, a posteriori :
- les Indonésiens n’ont pas de verbe « être ». Parfois (parfois !) ils utilisent le mot « ada », qui correspond à notre « il y a », ce qui peut donner par exemple :
« Romo il y a où ? »
- Romo il y a dans chambre »
Ou encore, plus simplement
« comment fleur-fleur ?
Fleur-fleur magnifique, bleu et jaune »

- ici les pronoms personnels ne sont pas les mêmes qu’en Europe. Par exemple, il existe 2 mots pour dire « nous », selon que le locuteur englobe ou non son interlocuteur dans ce « nous ».
De plus, ces pronoms sont peu utilisés ou de façon différente et plutôt floue. Quatre exemples pour illustrer (Missiz devient professeur ?) ?
Quand on s'adresse à Louis ET moi on nous dit « tu » …ou « ils »
Nous nous sommes aperçus un peu stupéfaits qu’une de nos élèves, au lieu de dire "je" utilisait "nous" et que personne ne l'avait (apparemment) jamais corrigée ; « nous nous concentrons », répète-t-elle quand on lui pose une question (car ici, poser une question à UNE élève, ça la stresse énormément)
Quand on s'adresse à quelqu’un de respecté (à tout le monde, en fait) on ne lui dit ni « tu » ni « vous » (alors que le VOUS du vouvoiement existe!) on utilise son prénom (ou son titre)
"il" ou "ils" ne peuvent être utilisés que pour des personnes : pour les choses, on répète la chose (15 fois s'il le faut)
- il n’y a pas d’article en indonésien
« enfant-enfant dans jardin »
- une phrase sur trois ne contient pas de verbe
Petite conversation du quotidien :
« Quelles nouvelles ?
- bien bien seulement
- vers où ?
- marcher-marcher seulement ! » (les mots « marcher » et « route » sont les mêmes…)
- Vous remarquez deux difficultés fondamentales dans cette dernière phrase : en indonésien, on ne conjugue pas le verbe et certains verbes et noms sont les mêmes. Cela pose plusieurs problèmes. D’une part (mais nos élèves n’en sont pas encore là !) pour leur expliquer la construction des temps, d’autre part pour les aider à comprendre ce que c’est, un verbe…

Comment leur faire comprendre ces « subtilités » ? (« leur » car nous avons finalement 5 ados…et Louis a récupéré une quinzaine de petits ; je les entends chanter en cœur èii, bii, cii, dii… J )
Après leur avoir fait traduire plusieurs phrases (I am in the garden, You are a girl, She is a doctor…) voilà qu’ils butent sur le problème suivant : « par quoi peut-on remplacer « flowers », si on veut éviter la répétition ? »
Et là, c’est l’ultime drame.
La phrase à transformer :
« Flowers are under the tree »
Le mot tant attendu (« they »), était déjà écrit trois fois au tableau.
Je récolte plusieurs propositions (et mon sentiment d’inquiétude, d’angoisse puis de panique augmente de minute en minute) :
- “Have” are under the tree
- « pohon » (= « arbre », en indonésien) are under the tree
- “is” are under the tree
- “He” (à cette réponse, j’avoue m’être exclamée « presque ! ») are under the tree

Deux questions donc, pour finir mon article :
« qu’y a-t-il dans leur tête, de si différent ????? Comment les rejoindre ? »



L’alphabet : cherchez le plus perplexe !


PS : vous avez peut-être remarqué que je n’étais sortie de la maison qu’à 16h09. Je ne crois pas avoir été « en retard ». Ici, 16h, c’est entre 15h et 17h.
PPS : j’ai ici parlé abondamment et très savamment de la « langue indonésienne »…j’avoue que je n’en sais rien. Peut-être ici parlons-nous seulement l’indonésien papou…voire l’indonésien papou de Manokwari. Je demande donc bien pardon aux linguistes.

samedi 19 septembre 2009

« Ils sont fous ces Papous ! » ou « dis-moi, grand’tante Autruche ? »

POURQUOI rigolent-ils quand on boit du café après le déjeuner « parce que, eux, ça les empêche de dormir pour leur sieste » mais s’en servent-ils après le dîner ?

Mais POURQUOI l’endroit d’où l’on vient, l’activité que l’on vient juste d’accomplir et l’endroit où l’on va les intéressent-ils autant ? Et pourquoi nous, justement, ça nous éneeeeeeeerve de devoir toujours tout expliquer ? Et pourquoi attend-on d’autres questions ?

D’OU VIENT cette idée de tout manger « pedas » (=pimenté) alors qu’il fait déjà si chaud ? Pourquoi Louis et moi transpire-t-on dès la première bouchée, alors qu’eux, apparemment insatisfaits, croquent à pleines dents entre chaque bouchée dans des piments rouges assaisonnés d’un peu de sel, comme nous (jadis) dans des radis ?

Le début du premier quatre-quarts

COMMENT peuvent-ils préférer au chewing-gum un mélange-à-mâcher rouge sang qui leur teint les dents de cette même couleur un peu perturbante, et qui, les faisant cracher partout, laisse des taches « rouille » sur les trottoirs ?

COMMENT peuvent-ils manger AVEC PLAISIR un fruit qui sent l’animal mort, qui ressemble à du camembert trop fait et dont l’odeur de pied vous poursuit plusieurs heures après l’avoir avalé ?

Le frater mangeant un durian

QUELLE TÊTE FERIEZ-VOUS si un enfant vous répondait qu’il s’appelait « Papouasie », « Bill Clinton », « Juillet, parce que je suis né en juillet » ou « fille » ? Un papa nous explique que sa fille s’appelle Bernadette, mais elle, ne répond qu’au nom de « Nasya » : COMMENT doit-on l’appeler ?

Louis et Putri (=fille)

POURQUOI, contrairement à ce que nous affirme Augustin, ne vit-on pas ici la tête en bas, alors qu’effectivement, la Papouasie se trouve presque pile de l’autre côté par rapport à la France ?

POURQUOI ont-ils fabriqué dans notre asrama des éviers avec un trou de 4cm de diamètre alors qu’on ne trouve des bouchons de cette taille dans aucun des 18 magasins de bricolage de la ville, et qu’il n’existe nulle part à Manokwari des « bouche-évier » standards ?

Louis devant les sus-dits éviers

POURQUOI laissent-ils en permanence les robinets couler, alors qu’ils manquent d’eau trois semaines sur quatre, et que moins d’une maison sur cinq récupère l’eau de pluie à l’aide de gouttières ?

POURQUOI le temps ne passe-t-il pas à la même vitesse qu’en France ?

EST-CE « BON » de faire autant attention aux apparences ? « Un prêtre est fait pour dire la messe » (et s’il ne la dit pas, ce n’est pas un bon prêtre) ; « plantez des arbres devant l’asrama, les gens verront que vous êtes des travailleurs » (et faire des rideaux, du pain, ou donner des cours d’anglais aux enfants du village dans le jardin DERRIERE chez nous ne prouve rien du tout)


POURQUOI les institutrices font-elles hurler les enfants (et cela tous ensemble) quand ils doivent répondre à une question ? POURQUOI est-ce bien qu’ils sachent compter en anglais « one-two-three-four », mais qu’ils restent bouche bée quand on leur montre 4 doigts, puis 2 ? POURQUOI les profs n’insistent-ils pas davantage pour que leurs élèves arrivent à l’heure à l’école…alors qu’il n’y a que 2 heures et demi de cours par jour…et que cela ressemble davantage à un goûter d’anniversaire où tout le monde doit se sentir libre d’aller et venir qu’à une leçon ?

Pendant les heures de cours

Il ne nous reste que quelques mois pour essayer de répondre à ses questions lancinantes…alors désolés, on y retourne !

Un pti coucou de la main

dimanche 6 septembre 2009

Petits Conseils de Santé Publique

Voici quelques vérités générales sur la santé publique que tout un chacun devrait savoir et que toute l'Indonésie sait déjà, apparemment :
  • il faut manger beaucoup de riz pour ne pas attraper la Malaria ; le répéter à chaque fois qu'on se sert aide aussi beaucoup.
  • ni les patates, ni le pain ne peuvent rassasier un Indonésien, il lui faut du riz sinon il n'a pas mangé sauf évidemment s'il s'agit d'un Papou auquel cas on suppose que c'est de patates dont il a besoin impérativement.
  • il faut manger beaucoup quand il fait chaud (pour la Malaria), quand il fait froid (on est plus faible car il fait environ 25°C) c'est différent : il faut manger beaucoup (pour la Malaria).
  • -"Des médicaments contre la Malaria dosés à 100mg c'est bien!"
    -"Mon docteur est fou il m'a prescrit du 500mg!"
    -"Quelle médicament?"
    -"du 500mg! En plus j'ai oublié de le prendre pendant quelques jours, du coup j'en ai pris 5 d'un coup et j'ai eu mal à la tête, le docteur a voulu m'empoisonner! C'est sûr du 500 au lieu de 100 et en plus 5 d'un coup, il est fou!"
  • les feuilles et les fleurs de papaye, bien qu'excessivement amères, sont très bonnes contre la Malaria : à consommer sans modération.
  • les cacahuètes c'est bon pour le coeur.
  • la papeda - sorte de colle à papier en très gélatineux provenant du "sagou" spécialité papoue - nettoie le coeur! Qu'on aime ou qu'on n'aime pas il faut donc en prendre beaucoup.
  • ne pas mettre de sucre dans son thé le mercredi matin est dangereux pour la santé. On s'expose alors à un grave déficit d'énergie!
  • les enfants doivent toujours avoir sur eux des médicaments, pour sauver les gens en cas de tremblement de terre.
  • pour bien dormir, il faut manger un ou deux morceaux d'un fruit inconnu (palak?) finement assaisonné de piments massérés...

NB : évidemment (presque) toutes ces affirmations sont plus ou moins fondés, et nous sommes nouveaux ici donc la santé tropicale, ils connaissent sans doute mieux que nous ; ce qui nous a fait surtout réagir et parfois bien rire c'est la fidélité et la sincérité avec laquelle tout cela est rabaché à temps et à contre temps.

PS : pour continuer dans l'esprit un peu moqueur...En images une conséquence de la première affirmation : " il faut manger beaucoup" :

Manière normale de manger en France (chez les gens bien :-p)

Essai d'inculturation

Manière habituelle ici pour permettre aux Indonésiens (ou Papous, dixit un Javanais) de remplir un devoir : manger. :-p