Un grand merci donc pour votre patience, qui sera nous l’espérons récompensée comme il se doit.
Nous nous étions reposés - ô, bien deux jours…- en continuant nos activités quotidiennes ... Mais nous avions projeté un saut du côté des montagnes, et le temps filait à grande vitesse. Ni une, ni deux, par un dimanche ensoleillé, nous partons pour Ransiki ! Je vous passerai les détails de l’effroi de notre curé nous voyant partir en campagne à plus de 3h de route !! nous, pôôvres petits Français… Enfin, très gentil, il prévint immédiatement un paroissien de nous préparer le presbytère.
Qu’y a-t-il de si intéressant à Ransiki, me demanderez-vous. Eh bien pas grand-chose, Ransiki, c’est une petite ville de la côte est de la tête de l’oiseau, au sud de Manokwari. Une toute petite localité où l’on trouve tout de même un bureau de poste, un port, un marché, une chapelle dépendant de notre Curé et de nombreuses petites boutiques. Mais alors quoi ?
Eh bien la route qui y mène est vraiment, vraiment superbe !
Vue de la route attachée à la montagne, surplombant le « Golf de l’oiseau de paradis » (teluk Cendrawasi)
Petite frayeur avec une montée du taux d’humidité…rien de grave, nous n’aurons – chance inespérée ? – pas l’occasion de prendre une douche inintentionnée.
Quelques animaux rencontrés au passage
La route est parfois excellente,… parfois moins
Mais Ransiki, c’est aussi une étape sur la route qui mène à Anggi, un couple de lacs d’altitude superbes selon tous les guides.
Nous nous offrons une petite pause pique-nique à Oransbari, bourg situé aux deux tiers du trajet Manokwari-Ransiki et qui a lui aussi son église catholique.
Il est quatre heures de l’après-midi quand nous arrivons à destination. Quelques tours de villages plus tard – il y a d’autres rues que la rue principale ce qui est extrêmement déconcertant – nous finissons par trouver l’église catholique.
Les campagnes papoues, de notre point de vue et concernant cette région de Papouasie, sont beaucoup plus protestantes que catholiques. On ne peut faire quelques kilomètres sans rencontrer une voire plusieurs églises protestantes. Il y a des adventistes, des pentecôtistes, des évangélistes et des non-identifiés (j’avoue mon ignorance crasse du protestantisme à laquelle je promets de trouver remède à notre retour) mais toujours ce petit bâtiment ressemblant aux églises dans les westerns américains. Un quadrillage impressionnant !
La comparaison est vaine certes, mais ne trouver en cinq heures de route que deux églises catholiques que le prêtre ne visite que 2/3 fois par an alors qu’il est impossible de compter le nombre d’églises protestantes rencontrées pose tout de même des questions sur l’évangélisation. Le dispositif catholique est-il trop lourd ? L’enthousiasme trop étriqué ?
Revenons aux faits. Il est quatre heures donc et la question suivante brûle nos esprits : continuons-nous ce soir direction la montagne et les fameux lacs ou ne repartons-nous que demain matin, sachant qu’il nous faut être demain soir de retour à Manokwari ? Demandons des renseignements. Aaaahhh…les réponses papoues aux questions qui commencent par « combien ? »…
« Il vous faut au moins 5h pour vous rendre à Anggi, mais vous y serez avant la nuit » (il est 4h et la nuit tombe vers 6h…)
« C’est rapide, 3h environ mais il faut une bonne grosse voiture si on veut passer »
« En 2h vous y êtes, avec vos motos, pas de problèmes »
Nous voilà finalement partis sur une route étonnamment bonne, étant donnés nos informations (on a étonnamment gardé celles qui nous convenaient) quand tout à coup, c’est l’obstacle.
Sans commentaires
Sans l’aide de deux villageois rentrant chez-eux, nous n’aurions jamais pu passer ce mur de boue dont la pente n’avait d’égal que l’épaisseur de glaise.
Sans trop avoir le choix, nous décidons donc d’accepter leur pressente invitation et leur hospitalité pour la nuit qui approche.
Arrivée dans le village, dont je trouve une certaine ressemblance avec un certain village de Bretagne armoricaine…
Bien qu’ébahis (voire peureux), nos hôtes sont très sympathiques.
C’est même la cohue. « Vous comprenez, beaucoup d’enfants n’ont encore jamais vu de Blancs »
Un bon nombre d’adultes (i.e. quelques hommes…et une femme) est capables de comprendre voire de parler un peu indonésien ce qui facilite la rencontre et l’apprentissage de quelques mots en langue locale. NDLR : Remarquez au fond la construction du Temple protestant, immense à nos yeux pour un village certes grand, mais diablement isolé : c’est le dernier excavateur passant par la qui en a tracé le chemin d’accès…
Bien que tout le monde soit déjà prêt à se coucher, nos charmants papous remettent la marmite sur le feu pour nous !
Et certains en profitent bien !
Le repas, soupe de chou, eau au délicieux arrière-goût de brulé…et riz !!, fût excellent et nous permit de bien retrouver nos forces et physiques et morales. Ce fut d’ailleurs un de nos seuls moments de presque solitude, étant donné le nombre de personnes désirant assister à notre coucher…[Nous imaginions déjà les commentaires : « comment les Blancs se couchent-ils ? … ôôô ! regarde ça ! ils dorment tout habillés ! ôôôô ils rigolent longtemps avant de fermer leurs yeux !! » (tu m’étonnes ! la situation était un rien cocasse, enveloppés dans nos ponchos et devant dormir devant notre « cour »…)
Après force « bonsoirs ! bonne nuit !!!, BON-SOIR ! » notre hôte finit par nous laisser en nous spécifiant de bien fermer la porte de l’intérieur… Pas de problème nocturne pourtant, sauf : le confort tout relatif de la planche de bois recouverte de bâches, les grognements tellement…appétissants…des nombreux porcs, la clarté rassurante mais peut adaptée d’une ampoule au plafond (impossible à éteindre sans couper l’électricité au reste de la maisonnée), les disputes des chiens, les sonorités modernes d’un poste radio soudain allumé alors qu’il est certain que tout le monde dort, la litanie monotone et envoûtante de la prière du matin, chanté à l’aube par le chef de maison alors que personne n’a encore pris pied dehors et que chacun va rester encore longtemps bien au chaud chez soi, les cocorico…ah oui j’allais oublier, le froid frigorifiant de ces montagnes pour des Indonésiens des villes comme nous les sommes devenus (il ne fait plus très chaud à 1000m d’altitude)*
C’est donc heureux de pouvoir enfin se lever mais surtout bien crevés que nous reprenons nos sacs à l’aube, pour quitter « Sakumi » dont l’hospitalité lui fait honneur.
* Certains avouent avoir été soulagés qu’ils nous laissent partir aussi facilement, sans user de leur attirail arc et flèches, et sans nous demander de nous laver (la salle de bain c’est la rivière)
Mais quand reverrais-je ce petit village… ?
Ayant retrouvé les motos à leur place, très certainement grâce à la branche arrachée et déposée dessus la veille par l’un de nos guides (signe coutumier ?), nous finissons par les abandonner un peu plus haut (non sans user du stratagème de protection sus-cité) pour profiter du paysage à pied. Après 3 ou 4 pentes à la glaise épaisse, ne sachant combien il nous en reste encore avant les 2 lacs d’Anggi, nous décidons, un peu à contrecœur, de faire demi-tour.
Ca me rappelle un vieil instrument du siècle dernier ou peut-être même avant…
Rencontre botanique éveillant l’imagination (NDLR : il s’agit d’une feuille de fougère en cours de développement. La fougère en question n’est autre qu’un grand palmier aux feuilles identiques à celles des fougères sauf la dimension…)
Autre rencontre botanique.
La descente nous donne l’occasion de retrouver le terrain de notre combat de la veille.
Ouf!!
Inutile de préciser combien nous étions content à l’arrivé dans nos chambres manokwariennes.
Epilogue
Le 5 février 1855, les pasteurs protestants Otto et Geisler portaient pour la première fois l’Evangile en terre papoue. Cela se passait dans la petite baie de Manokwari, sur la petite île de Mansinam (qui a tout de même sa propre langue… « parlée par une personne » nous précise Alex l’anthropologue… une personne ???!! et qui l’écoute ?). Le 5 février est ainsi l’occasion d’un grand festival qui est spécialement développé tous les 5ans. 2010 est l’une de ces années et nous avons eu la chance de pouvoir assister à un concours de chants avec notamment un bon nombre de groupes traditionnels. Ce fût aussi l’occasion de croiser quelques koteka…Voir débouler du fond de la foule, au milieu de drôles de cris, 2 homes (presque) tout nus, très très noirs, leur long arc à la main, restera gravé dans les mémoires.
Un groupe de femmes nous a été particulièrement sympathique ; elles voulaient même nous donner un de leur costume ! (NDLR : malheureusement ça ne s’est pas fait)
Autre intérêt du festival du 5 février en plus des défilés de groupes traditionnels dans les rues et des éclairages un peu partout la nuit, c’est que le transport vers Mansinam devient excessivement facile, tout le monde se rendant en pèlerinage sur les lieux de l’arrivée de l’Evangile. Nous louons donc notre barque et partons chez les insulaires. Ayant rempli nos obligations de pèlerin, nous nous enfonçons dans la jungle et finissons sur une plage déserte quoiqu’un peu difficile d’accès. Faune sous-marine abondante et superbe avec à peine
La forêt vierge...qui débouche sur la plage! (bon, d'accord, il reste une ou deux difficultés... :) )
Au revoir la Papouasie, bonjour la Sulawesi (les Célèbes) ! à suivre donc (encore???!)