«Hai Luis et Doldfine. Si toi vouloir, pouvoir habiter dans maison nous pour fermeture année. Venir aujourd’hui. Chambre déjà prête. Prendre affaires pour dormir et pour laver. Attendre réponse »
Nous sommes donc allés vivre le réveillon dans cette famille amie. Madame Sukris, rédactrice du sms, extrêmement ouverte et accueillante, est professeur d’anglais à l’université. Elle sait aussi compter en français jusqu’à 6 et se souvient des jours de la semaine…surtout « merdi », en fait. Si elle-même est musulmane, son mari est en revanche catholique. Pak Kwasti, dont le visage s’éclaire sans cesse d’un des sourires les plus grands du monde, est professeur de physique à l’université, mais est également missionné par le gouvernement pour installer l’eau dans les villages de jungle. Il adore « se balader ». Leurs deux enfants ont 8 et 6 ans : Misselle (le « ch » est un des (nombreux) sons imprononçable pour les Indonésiens) et William (vous pouvez l’appeler Willi) : « un prénom français (misselle, ma belle !, on a le droit à la chanson (française ???) à chaque fois) et un prénom anglais » aime à répéter Ibu Sukris.
Cette « crème de la crème » de nos amis Papous habite Amban, dans une petite rue qui mène à la plage, en contrebas de « notre » église St Thomas d’Aquin.
Le décor est planté.
Action.
Louis devant la maison
Etape n°1 : s’intégrer à la vie de famille.
Trop fastoch. Il y a l’AC (la clim), il y a la télé…il y a même la PS (play station, jeu d’ordinateur, pour les incultes comme moi).
Willi devant sa chère PS
Les deux tables basses du salon sont couvertes de tupperwares remplies de biscuits et de bonbons. Vous avez le droit de vous avachir dans les canapés (de toute façon tout le monde le fait).
Une des tables basses du salon
En revanche, nous notons notre grande difficulté à suivre une conversation simple quand la télé est allumée…nous restons alors littéralement « scotchés » à l’écran (alors que les enfants gèrent très bien, et zappent de chaîne en chaîne)
POURQUOI ?
Est-ce la perte d’habitude ici? Est-ce la culture française ? Est-ce notre côté « petit-Français-qui-n-avait pas-la-télé-étant petit » et qui a développé un syndrome « quand-je-la-regarde-je-suis-à-fond » ? Est-ce du à notre monopistité ? (Merci de ne pas suggérer que nous maîtrisons trop mal l’indonésien, cela porterait un coup à notre moral)
un repas devant la télé...
Etape n°2 : savoir (rapidement) quoi choisir au KFC
Le 31 au soir, la famille sort au resto ! grosse ambiance dans
D’abord une question facile « riz ou frites » ?
Puis ça se corse : hamburger ? ayamburger ? kejuburger ?
Quelle sauce ? et la vendeuse enchaîne très vite, comme en un seul mot « ketchup-kétchap-mayo-sambal-keju ? »
Toutes sortes de questions qui deviennent beaucoup moins stressantes dès que l’on note le comique de
Au KFC...!
Nous finirons notre virée en rachetant quelques feux d’artifice : « des grands » à la demande de Michelle, qu’il faut aider tant elle a les bras chargés. « Des petits » pour éviter les cris de William.
Misselle et William avec les premiers pétards, rapportés par leur père en début d’après-midi.
Etape n°3 : goyang-goyang (=bouger-bouger…donc « danser »)
Puis nous filons à la paroisse, où quarante personnes sont déjà réunies. Au programme officiel : karaoké.
Ibu Sukris et Pak Kwasti, karaoké
Il faut en fait ajouter
- le « batu-bakar » (pierre brûlante c'est-à-dire cuisson sous des pierres elles-mêmes sous un feu de bois de nos mets préférés),
- les feux d’artifice, qui explosent dans tous les sens
- le goyang-goyang…
ET le visionnage du film très prisé ici : 2012 (c’est à la mode, en France ???).
Tout EN MÊME TEMPS, s’il vous plaît.
Je reconnais avoir eu quelques moments de flottement (l’alcool étant pourtant interdit à Manokwari) devant un tel déploiement d’énergies. Heureusement, tandis que sa maman et sa sœur rivalisaient à la trompette, le petit William semblait lui aussi un rien dépassé par les événements. Je me suis sentie moins seule.
William, Misselle et ses deux trompettes (qu'elle partagera avec sa maman)
Mais SUPER SYMPA.
« Ils savent faire la fête », m’a glissé Louis entre deux goyang.
Louis et Ibu Sukris
C’est vrai que jusqu’à présent, les fêtes, on les a vécues surtout dans « notre » asrama…et on avait surtout remarqué les plastiques un peu partout, le riz dans nos fleurs (bienvenus aux chiens qui écrasent tout), les restes de viandes juste à l’endroit où on ne pourra pas les récupérer, au-delà du puits (ils pourront pourrir en toute tranquillité), les enfants qui ne savent pas utiliser les toilettes et les ados qui fument sous nos fenêtres.
Ce soir, une VRAIE fête. Dans les pétards et dans les chants. Peu importe l’état de la pelouse demain :- )…c’est pas chez nous…
Aux douze coups de minuit, qui ont pourtant eu lieu huit heures avant les vôtres, réflexe habituel : on s’embrasse dans de grandes accolades.
Pak Rudi et sa trompette. Pak Rudi est l’homme important de la paroisse : le « dewan Paroki », c’est-à-dire le bras droit du curé…à moins que ce ne soit l’inverse ?
Etape n°4 : « open-house »
C’était déjà lors d’une « open-house » que nous avions fait la connaissance de Pak Kwasti et d’Ibu Sukris. Ils reçoivent donc tous leurs amis au moins deux fois dans l’année : à l’Idul Fitri (fin du ramadan) et à la nouvelle année.
Deux fois ! et pourtant, quel travail !
Dès 6h du matin quelques voisines viennent donner un coup de main pour faire rissoler les crevettes et préparer la « sambal » (sauce de piments). Défilé d’amies et de voisines toute la matinée, et tout le monde s’y met. Les invités sont attendus vers midi.
Les voisines découpent le poulet
Ibu Sukris ne perd pas de temps, et fait la vaisselle au fur et à mesure
Question naïve : « vous avez lancé combien d’invitations ? »
« à tous les voisins du komplex »
« ils sont combien ? »
« 200 ».
« … ! »
« Sans compter les Pères et nos amis de la paroisse »
Pak Kwasti et les amies, dans la cuisine dès 6h du matin...
Tous les préparatifs se font calmement, jusqu’aux moindres détails (serviettes élégamment pliées entre chaque assiette de la pile). Et tout sera prêt à l’heure.
Louis et Misselle cuisinent
Les chaises pour les invités, en ligne devant la maison
Les chaises sont installées en ligne, fait qui nous a tellement surpris lors de nos premiers « acara » indonésiens (= « événement » ; comprendre « invitation officielle où il y aura du monde »). Ici les invités arrivent. Se déchaussent. Serrent les pinces. Se servent au buffet (riz et légumes, évidemment, mais bien préparés. Et puis le traditionnel verre d’eau en plastique, à piquer avec sa paille : pas si facile de le faire en silence et sans en mettre partout, au début. Maintenant, ça va, le « poc » est discret et très peu d’eau déborde) Puis ils mangent plus ou moins en silence, mais en tout cas en ligne. Profitent de l’arrivée des invités suivants pour serrer les pinces, remettre leurs chaussures et rentrer chez eux…ou rendre visite à une autre « open-house » de leurs amis (nous en avons fait jusqu’à 4 d’affilé. A la fin, ça va, on n’a plus trop faim)
Jusqu’à 17h, des voisins sont arrivés pour déjeuner.
Au dîner ont été invités leurs amis qui tenaient aussi une open-house (ce cas-là pose problème, forcément).
Nous sommes rentrés dans notre asrama.
Heureux.
Selamat tahun baru ! Bonne année à tous !
PS : Ah ces Papous !
- Orage incroyable ; quelle force! Quel bruit ! et comme on se sent petits! Le parapluie étant alors de peu d’utilité, je m’élance vers un abri. Arrivée dans un endroit à moins de 100% d’humidité, je freine et une jeune femme se pousse un peu. Le plus sérieusement du monde, elle tend un doigt vers le ciel noir et annonce en criant : «… il pleut !! ». ( ??? euheuh…ne pas leur faire perdre la face) « ah !? merci, Madame ! » et moi de plier mon parapluie.
- Nous sommes invités à dîner. La maison est très décorée, avec notamment de jolies guirlandes de Noël, houx et sapins, délicatement saupoudrées de blanc. Je tente alors une petite blague. "ôoôô! il y a même de la neige, à Manokwariiiii!!!?". Le Monsieur hausse les sourcils et réplique d’un ton docte "ah non, ça c'est de la fausse neige"