mercredi 13 janvier 2010

Selamat tahun baru!

Jeudi 31 décembre. 9h. Réception d’un sms littéralement traduisible par

«Hai Luis et Doldfine. Si toi vouloir, pouvoir habiter dans maison nous pour fermeture année. Venir aujourd’hui. Chambre déjà prête. Prendre affaires pour dormir et pour laver. Attendre réponse »

Nous sommes donc allés vivre le réveillon dans cette famille amie. Madame Sukris, rédactrice du sms, extrêmement ouverte et accueillante, est professeur d’anglais à l’université. Elle sait aussi compter en français jusqu’à 6 et se souvient des jours de la semaine…surtout « merdi », en fait. Si elle-même est musulmane, son mari est en revanche catholique. Pak Kwasti, dont le visage s’éclaire sans cesse d’un des sourires les plus grands du monde, est professeur de physique à l’université, mais est également missionné par le gouvernement pour installer l’eau dans les villages de jungle. Il adore « se balader ». Leurs deux enfants ont 8 et 6 ans : Misselle (le « ch » est un des (nombreux) sons imprononçable pour les Indonésiens) et William (vous pouvez l’appeler Willi) : « un prénom français (misselle, ma belle !, on a le droit à la chanson (française ???) à chaque fois) et un prénom anglais » aime à répéter Ibu Sukris.


Cette « crème de la crème » de nos amis Papous habite Amban, dans une petite rue qui mène à la plage, en contrebas de « notre » église St Thomas d’Aquin.

Le décor est planté.

Action.

Louis devant la maison


Etape n°1 : s’intégrer à la vie de famille.

Trop fastoch. Il y a l’AC (la clim), il y a la télé…il y a même la PS (play station, jeu d’ordinateur, pour les incultes comme moi).

Willi devant sa chère PS

Les deux tables basses du salon sont couvertes de tupperwares remplies de biscuits et de bonbons. Vous avez le droit de vous avachir dans les canapés (de toute façon tout le monde le fait).


Une des tables basses du salon


En revanche, nous notons notre grande difficulté à suivre une conversation simple quand la télé est allumée…nous restons alors littéralement « scotchés » à l’écran (alors que les enfants gèrent très bien, et zappent de chaîne en chaîne)

POURQUOI ?

Est-ce la perte d’habitude ici? Est-ce la culture française ? Est-ce notre côté « petit-Français-qui-n-avait pas-la-télé-étant petit » et qui a développé un syndrome « quand-je-la-regarde-je-suis-à-fond » ? Est-ce du à notre monopistité ? (Merci de ne pas suggérer que nous maîtrisons trop mal l’indonésien, cela porterait un coup à notre moral)

un repas devant la télé...

Etape n°2 : savoir (rapidement) quoi choisir au KFC

Le 31 au soir, la famille sort au resto ! grosse ambiance dans la voiture. Le « warung » (=petit resto) chinois étant fermé, nous nous dirigeons dans la joie et la bonne humeur, et parmi les pétards et feu d’artifices, au KFC.

D’abord une question facile « riz ou frites » ?

Puis ça se corse : hamburger ? ayamburger ? kejuburger ?

Quelle sauce ? et la vendeuse enchaîne très vite, comme en un seul mot « ketchup-kétchap-mayo-sambal-keju ? »

Toutes sortes de questions qui deviennent beaucoup moins stressantes dès que l’on note le comique de la situation. Madame fait ajouter 2 hamburgers pour les Français. Monsieur se précipite sur le plateau pour s’installer aux tables encore libres. Misselle veut des frites, finalement. Madame fait changer. Oui mais William n’aime plus le coca. Monsieur repose le plateau. Louis embête discrètement William. Madame vérifie « tu n’aimes pas le coca, Willi ? » mais Willi cherche qui l’a embêté. Madame veut sa réponse. La vendeuse veut savoir si elle doit transformer la commande. Louis prend une photo.


Au KFC...!


Nous finirons notre virée en rachetant quelques feux d’artifice : « des grands » à la demande de Michelle, qu’il faut aider tant elle a les bras chargés. « Des petits » pour éviter les cris de William.


Misselle et William avec les premiers pétards, rapportés par leur père en début d’après-midi.


Etape n°3 : goyang-goyang (=bouger-bouger…donc « danser »)

Puis nous filons à la paroisse, où quarante personnes sont déjà réunies. Au programme officiel : karaoké.


Ibu Sukris et Pak Kwasti, karaoké


Il faut en fait ajouter

- le « batu-bakar » (pierre brûlante c'est-à-dire cuisson sous des pierres elles-mêmes sous un feu de bois de nos mets préférés),

- les feux d’artifice, qui explosent dans tous les sens

- le goyang-goyang…

ET le visionnage du film très prisé ici : 2012 (c’est à la mode, en France ???).

Tout EN MÊME TEMPS, s’il vous plaît.

Je reconnais avoir eu quelques moments de flottement (l’alcool étant pourtant interdit à Manokwari) devant un tel déploiement d’énergies. Heureusement, tandis que sa maman et sa sœur rivalisaient à la trompette, le petit William semblait lui aussi un rien dépassé par les événements. Je me suis sentie moins seule.


William, Misselle et ses deux trompettes (qu'elle partagera avec sa maman)


Mais SUPER SYMPA.

« Ils savent faire la fête », m’a glissé Louis entre deux goyang.

Louis et Ibu Sukris

C’est vrai que jusqu’à présent, les fêtes, on les a vécues surtout dans « notre » asrama…et on avait surtout remarqué les plastiques un peu partout, le riz dans nos fleurs (bienvenus aux chiens qui écrasent tout), les restes de viandes juste à l’endroit où on ne pourra pas les récupérer, au-delà du puits (ils pourront pourrir en toute tranquillité), les enfants qui ne savent pas utiliser les toilettes et les ados qui fument sous nos fenêtres.

Ce soir, une VRAIE fête. Dans les pétards et dans les chants. Peu importe l’état de la pelouse demain :- )…c’est pas chez nous…

Aux douze coups de minuit, qui ont pourtant eu lieu huit heures avant les vôtres, réflexe habituel : on s’embrasse dans de grandes accolades.

Pak Rudi et sa trompette. Pak Rudi est l’homme important de la paroisse : le « dewan Paroki », c’est-à-dire le bras droit du curé…à moins que ce ne soit l’inverse ?


Etape n°4 : « open-house »

C’était déjà lors d’une « open-house » que nous avions fait la connaissance de Pak Kwasti et d’Ibu Sukris. Ils reçoivent donc tous leurs amis au moins deux fois dans l’année : à l’Idul Fitri (fin du ramadan) et à la nouvelle année.

Deux fois ! et pourtant, quel travail !

Dès 6h du matin quelques voisines viennent donner un coup de main pour faire rissoler les crevettes et préparer la « sambal » (sauce de piments). Défilé d’amies et de voisines toute la matinée, et tout le monde s’y met. Les invités sont attendus vers midi.


Les voisines découpent le poulet


Ibu Sukris ne perd pas de temps, et fait la vaisselle au fur et à mesure


Question naïve : « vous avez lancé combien d’invitations ? »

« à tous les voisins du komplex »

« ils sont combien ? »

« 200 ».

« … ! »

« Sans compter les Pères et nos amis de la paroisse »


Pak Kwasti et les amies, dans la cuisine dès 6h du matin...


Tous les préparatifs se font calmement, jusqu’aux moindres détails (serviettes élégamment pliées entre chaque assiette de la pile). Et tout sera prêt à l’heure.

Louis et Misselle cuisinent



Les chaises pour les invités, en ligne devant la maison


Les chaises sont installées en ligne, fait qui nous a tellement surpris lors de nos premiers « acara » indonésiens (= « événement » ; comprendre « invitation officielle où il y aura du monde »). Ici les invités arrivent. Se déchaussent. Serrent les pinces. Se servent au buffet (riz et légumes, évidemment, mais bien préparés. Et puis le traditionnel verre d’eau en plastique, à piquer avec sa paille : pas si facile de le faire en silence et sans en mettre partout, au début. Maintenant, ça va, le « poc » est discret et très peu d’eau déborde) Puis ils mangent plus ou moins en silence, mais en tout cas en ligne. Profitent de l’arrivée des invités suivants pour serrer les pinces, remettre leurs chaussures et rentrer chez eux…ou rendre visite à une autre « open-house » de leurs amis (nous en avons fait jusqu’à 4 d’affilé. A la fin, ça va, on n’a plus trop faim)

Jusqu’à 17h, des voisins sont arrivés pour déjeuner.

Au dîner ont été invités leurs amis qui tenaient aussi une open-house (ce cas-là pose problème, forcément).

Nous sommes rentrés dans notre asrama.

Heureux.

Selamat tahun baru ! Bonne année à tous !



PS : Ah ces Papous !

- Orage incroyable ; quelle force! Quel bruit ! et comme on se sent petits! Le parapluie étant alors de peu d’utilité, je m’élance vers un abri. Arrivée dans un endroit à moins de 100% d’humidité, je freine et une jeune femme se pousse un peu. Le plus sérieusement du monde, elle tend un doigt vers le ciel noir et annonce en criant : «… il pleut !! ». ( ??? euheuh…ne pas leur faire perdre la face) « ah !? merci, Madame ! » et moi de plier mon parapluie.

- Nous sommes invités à dîner. La maison est très décorée, avec notamment de jolies guirlandes de Noël, houx et sapins, délicatement saupoudrées de blanc. Je tente alors une petite blague. "ôoôô! il y a même de la neige, à Manokwariiiii!!!?". Le Monsieur hausse les sourcils et réplique d’un ton docte "ah non, ça c'est de la fausse neige"

lundi 4 janvier 2010

Vacances aqueuses



On l’avait remarqué à quelques signes, et puis on avait fini par l’oublier. La Papua est un pays humide. Même quand il ne pleut pas, le taux d’humidité atteint des sommets à peine croyables (90%!!?)

Nous avions oublié que ça n’était pas « normal » :

- Malgré la chaleur, le linge met 2 jours à sécher

Lessive et sèche-linge dans la jungle (nous avons quant à nous gardé le système du fil à linge, rassurez-vous)

- En 24h, à moins d’être gardé au frigo, le pain moisit

- L’eau des vases ne s’évapore pas

- Les premiers temps, nos petites plaies mettaient un temps fou à cicatriser et le moindre bobo se creusait, malgré le savon spécial, les lotions antiseptiques et les pansements

- Qu’il reste plusieurs semaines sans être porté, et un vêtement moisit tranquillement au placard

- le nombre de moustiques est « anormalement » élevé dans cette partie du monde

Mais petit à petit, tous ces détails ont fait partie de notre quotidien et nous nous sommes endormis dans le train-train humide.

Mais la semaine de Noël reste exemplaire en matière d’humidité.

Crèche « avant »

crèche « après » …

:-/



Le 22 décembre, nous ne savions encore rien des aventures aquatiques qui nous attendaient, pourtant, un signe avant-coureur, un détail aurait sans doute mis la puce à l’oreille à des limiers plus fins que nous.

Ce jour-là, nous étions allés fêter Noël avec nos étudiants, qui s’étaient chargés de cuisiner des plats indonésiens et papous.

Ce jour-là, ils nous avaient concocté la « papéda » plat typique papoue à base de sagou et d’eau…

Ce jour-là, nous goûtâmes, (ou re-goûtâmes pour certains) cette recette…étonnante, et très… aqueuse.

papéda

Puis, toujours avant Noël, nous avions eu la joie d’assister à une ordination diaconale (justement le jour où notre cousin Antoine se faisait ordonner diacre pour les MEP… !)

Mais rien d’aquatique dans cette nouvelle. Nous n’afficherons donc que cette photo de la procession d’entrée de cette très belle cérémonie.

…et puis…LA PLUIE

nous sous la pluie ...

...[on enlève le 1er « o » de la légende précédente]

Tout commençait pourtant sec, puisque après 2 semaines sans pluies et des travaux devant chez nous (le ciment avait été fabriqué à partir de « notre » eau de pluie), notre bac connaissait son niveau le plus bas. Question douche et lessive, ça sentait la crise. Seul Louis restait confiant. Plusieurs fois nos espoirs avaient été trompés par des nuages qui n’anonçaient rien, ou par des pluies sur d’autres quartiers de Manokwari.

Mais le 24 décembre, cette fois, plus de doute : les nuages s’accumulaient au-dessus de nos têtes depuis le matin et le vent chassa nos dernières hésitations. Peu avant la messe du soir, il plut.

Je crois me souvenir qu’en France on ne connaît pas ce genre de pluie.

Ce n’est pas le petit jet d’eau que vous allumez dans votre douche.

Ce n’est pas les pluies bretonnes ou parisiennes, qui mouillent ceux qui restent trop longtemps dessous.

Le ciel se déverse littéralement sur nos têtes.

Nous n’entendons plus nos conversations, car la pluie tambourine sur la tôle. (ce terme poétique est bien trop délicat et ne reflète en rien le martèlement sur les milles tambours que constituent notre plafond)

Très rapidement, des mares de boues se forment.

Les toits sans gouttières sont prolongés par un rideau de pluie

La gouttière se vide dans le bac de notre cuisine, avec un débit 10 (?) fois plus important qu’un robinet français ouvert à fond.

On est mouillé même sans sortir

Un Noël « un peu » pluvieux donc, puisque pendant une semaine ces pluies et orages violents, très longs (jusqu’à toute une nuit…il plut alors dans les chambres) eurent lieu (au moins) tous les soirs.

Qu’à cela ne tienne, cette ambiance plus fraîche nous permit d’apprécier les chocolats chauds, les activités d’intérieur et les pulls !

Joyeux Noël !

Avec Amélie et Aubin, nous fêtâmes Noël, certes en grande tenue batik, mais avec des accents franchement connus…

Préparation du réveillon

Amélie découpe le foie gras

Réveillon

Les tongues devant la crèche

Amélie et les cadeaux


Nous avons également profité de cette semaine entre amis pour nous essayer au snorkeling, grâce aux palmes, masques et tubas d’Amélie et Aubin. Quelle ne fut pas notre surprise de nous promener, à quelques mètres seulement de la plage, parmi des poissons aux couleurs vives et très spectaculaires ! Le soleil jouait dans les coraux au-dessus desquels nous nagions lentement, et les poissons aux formes et couleurs incroyables (nous n’en avions jusque là observé de semblables que dans « Némo » et « la Petite Sirène »…) étincelaient un instant avant de disparaître dans les cailloux.

Retour de snorkeling

La pluie ( !) finit par nous interrompre…mais, une fois sortis de l’eau salée et douchés à cette eau douce tombée du ciel nous aperçûmes un banc de dauphins !

Sous la pluie, Aubin qui semble heureux

Dauphins (...) à Manokwari

Dans les vagues

Après la baignade, le rhabillage de Blancs en Papua est toujours un peu délicat…ils intriguent, vous comprenez…



A moto


Et puis, évidemment, de belles promenades sont à enregistrer dans les annales. Nous avons bien « choisi » ( ?) nos jours, puisque la pluie ne fut jamais de la partie.

En revanche, question eau, nous avons profité

- de la mer, jamais très loin de la route

La » route de la plage », essayée pour la première fois le 28 décembre 2009 (« on dit » qu’elle n’est pas encore ouverte…nous l’avons trouvée magnifique)

- de rivières aperçues en contrebas…

...ou traversées sur des petits ponts


- de la traversée de flaques de boue

Alex, notre ami anthropologue, dans les flaques

- de la traversée à gué de plusieurs ruisseaux : on-se-tient-droit-sur-la-moto-et-on-évite-de-respirer-trop-fort

Alex dans le ruisseau

traversée en voiture



Fin de balade avec Alex : arrêt dans un kampung (=village) pour y acheter un litre d’essence (le dernier). Et c’est l’attraction : des boulès (=Blancs) !

Rencontres au cœur de la jungle :

vieille femme

une famille dans la jungle –

rencontre avec l’homme à l’arc – un dernier coucou

Et toujours…les cochons !


BONNE ANNEE !